Textes de spectateurs
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30.11.11
(Mon vrai spectacle)
Hallucinations les yeux ouverts sur l’homme debout, un homme sur son champ, un très vieil homme, tous les personnages du théâtre successivement et fantômes, un ouvrier en bleu de travail
Puis
Je vois le public j’ai des lumières dans les yeux, les spots comme dans Opening night, j’essaie de répéter le spectacle d’en ce moment,
quand il dit il neige, je suis dans une maison, un lieu où j’ai effectivement été une fois il y a dix ans (comme évoqué dans l’exposé du début), et où il avait neigé.
La voix du comédien s’écoule, chaude à travers moi, je commence à avoir la bouche qui se lâche vers le bas, je dégouline monstrueuse et la bouche grandit jusqu’à englober la tête de tous les spectateurs, je fais des danses primitives, je vole, je fais des sons très graves.
À un moment je vois plein d’oiseaux noirs au dessus de ma tête, le ciel est gris lourd, au dessus d’une ville industrielle avec pylônes et hauts bâtiments,
je suis parmi les oiseaux, je vole parmi eux, on fait du bruit comme des machines, les ailes ou les articulations qui claquent, ma vue se trouble, on dirait des images de synthèse, les couleurs changent, des fois je ne suis plus un oiseau mais un point de vue extérieur, les bâtiments grandissent et nous séparent parfois (dans notre vol), puis je vois un hélicoptère que des oiseaux plus petits font tourner, ils ont agrippé les palmes avec leurs pattes et ils galèrent, ils volettent pour faire tourner les palmes, ils deviennent comiques, ils font plein d’acrobaties.
Une fille qui danse devant moi, une jolie blonde, je ne vois qu’elle, le point se fait sur elle comme au cinéma, elle danse pour moi, autour la scène est complètement pleine, c’est la foule, la jeune fille répète toujours les mêmes mouvements, je danse comme elle, à force c’est moi, elle.
À un moment je tourne sur moi-même, ça creuse, ça m’enfonce dans la scène, je n’ai plus que la tête qui sort, sensation très profonde et agréable du poids. Apparaît un crocodile, c’est mon vieil ami, je m’allonge sur lui, je lui caresse les pattes, sa peau est dure, plissée (la sensation de sa peau est très claire), on est au bord de l’eau, il m’emmène dans l’eau puis c’est moi qui l’emmène puis c’est lui et il me fait plonger vers le fond de l’eau, c’est des marécages, il creuse avec son corps et il m’emmène, on descend dans la terre jusqu’à ce qu’on touche une croûte, puis on est en apesanteur collés au plafond d’une grotte très grande, il y a des stalactites, il en prend plein dans sa gueule et il me les verse dans la bouche, il y en a une qui me ressort par l’anus mais par le bout le plus large, il sort un peu puis je décide que ça ne va pas comme ça, je le rentre pour voir, et je ne sais plus qu’en faire, finalement il se dissout et devient une sensation de fraîcheur.
Une route avec des arbres, mais d’un côté une maison qui se réduit sur place jusqu’à minuscule, et tout le long du bord de la route, pas la mer mais juste la tranche de mer où il y a les vagues, qui n’arrivent jamais à recouvrir la route.
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(Un aspect de mon vrai spectacle)
La guerre s’est généralisée. Elle a lieu aussi bien en ville que dans le désert ou les forêts.
De nombreux GI succombent, ils envasent le terrain des batailles. Certains de ces engagés, tombés au combat, sont célèbres, il y a notamment Daniel Johnston, et d’autres stars de la chanson dont j’ai oublié les noms. Quelques uns de mes amis proches ont eux aussi péri, et certains meurent en ce moment même. Leurs corps sont balayés par les balles. C’est physiquement très violent, mais ça n’a pas grande importance, ça reste banal, inévitable, comme nécessaire et désinvesti.
Les bombardements se font plus présents, plus intenses et brusques. Je ne compte pas laisser ici mes houseaux, et je ne suis pas le seul qui ait l’air de songer à se sauver. Quelques regards suffisent pour que nous courrions vers les égouts ; pensant que les souterrains seront le moyen le plus commode pour nous sortir de ce bourbier. Personne parmi nous ne connaît les plans de ce dédale de canaux, nous avançons le plus droit possible avec l’espoir de déboucher aux pourtours de la ville. Les tirs sont toujours présents, on les entend très nettement.
Je reconnais les silhouettes d’amis. Avec eux, nous avions formé un genre de communauté éclatée, élargie. Plusieurs appartements et maisons étaient loués, aménagés avec un peu des affaires de chacun. La seule règle fixée étant “pas moins de deux semaines, pas plus de trois mois” (ce qui relevait du temps passé dans un appartement ou maison). Je repense aux visages de ce petit collectif, et les replace sur chacune des silhouettes que j’aperçois dans l’obscurité des canaux. Certaines silhouettes manquent, tant pis…
Le couloir continue, nous marchons toujours, sans trop réfléchir. L’espace est progressivement irradié par une lueur. J’entends de l’eau qui ruisselle à mes pieds. C’est une eau propre. Je remarque autour de gigantesques parois de glace. Les sons et la lumière sont reflétés et amplifiés par ces façades lisses. Je regarde plus attentivement ces blocs de glace et vois qu’en se formant ils ont enfermé des montagnes en plein automne. Il fait bon.
Je sens le vent des steppes qui se lève.
Les îles Kerguélen sont bien jolies, mais un peu trop confinées, un peu trop vastes. Je m’installe… c’est mieux.
Il fait toujours bon, il fait même très bon. C’est la chaleur d’un désert. On est pris en étau entre deux déserts, un dessus, un dessous.
D’autres personnes nous ont rejoints. Parmi eux, il y a une jeune femme qui danse. Elle danse pour elle, ou, non, plutôt pour nous, ou peut-être bien pour moi, qui sait ? Elle dandine légèrement, ondule des hanches et des épaules, donne de petits coups presque imperceptibles. J’observe sa main droite avec laquelle elle fait semblant de claquer des doigts. Elle a des airs d’Ulrike Meinhof ; qu’est-ce qu’elle a maigri ! Je rigole, très joyeux de voir cette fille se tortiller. Elle a l’air de s’éclater !
Je pense à la pénétrer… mais… non… je ne veux pas ça… c’est pas la peine de faire l’amour avec elle. On ne se connaît pas, et puis elle ne m’a même pas remarqué… Je l’invite à danser. C’est un genre de valse arythmique. Nous nous observons tout en dansant, nous catégorisons des gestes et des relations, nous imaginons des codes, pour pouvoir mieux nous suivre et réagir et continuer de nous surprendre. On se laisse aller.
Autour, le décor est pompeux, ça me rappelle un paysage de Myst ou une illustration de la revue Planète. Ce paysage me dégoûte. Je devrais avoir honte de proposer ce genre de décor à mes proches, à mes camarades. Il y a mieux pour oublier la guerre qu’un paysage ronflant. Et puis je commence à douter de la justesse de mon engagement dans ce programme. Ne suis-je pas en train de servir l’État ? Protège-t-on vraiment la lutte en plongeant ses participants dans un monde de synthèse ? Je débranche les machines pour révéler la fraude aux copains. Ils prennent bien la nouvelle et trouvent ces paysages assez cool. Ils me proposent que nous nous branchions une fois par jour pour le plaisir, et pour trouver un peu d’énergie pour les luttes à venir. Je leur montre ce qu’il y a autour de la salle des machines, qui est cachée au sommet d’une tour de guet dressée au milieu d’une immense forêt de pins.
Nous construisons des cabanes, choisissons une zone pour les feux de camp, nous passons de longs moments à danser, à bavarder. Nous n’avons plus d’états d’âme, et pourtant il nous arrive de pleurer. Nos activités sont fluides.
Et puis tout s’estompe, se rompt, devient discontinu. Il y a du noir, du bleu, du gris et des fenêtre entrouvertes.
Je me promène en ville ; la forêt, les cabanes, la guerre, appartiennent au passé. Je ne comprends pas bien ce qui se passe ici… ça ressemble à une émeute ou à un 21 juin à Paris ou à une partie de choule ou à une énorme batoukada, je ne sais pas bien. Les gens sont complètement bourrés. Un type, à quelques mètres, vomit, il a l’air heureux. Il vomit comme s’il s’agissait d’un fou rire. Quelques personnes le rejoignent et se mettent à vomir avec lui pour former une hola de vomissements. Il y a une scène à leur gauche.
On a fait croire que les Diggers avaient gagné la guerre, depuis se tiennent de grandes fêtes qui sont le règne de la liberté de mœurs et de la gratuité. L’émeute est devenue sans ennemi, s’est transformée en orgie de rue, où s’aiguisent solidarité et attention mutuelle.
Un ami soucieux essaye de me désillusionner, m’explique que tout ça n’est en réalité qu’un grand décor, un théâtre dont l’entrée est payante. Cet éden urbain me renvoie soudain à Eurodisney… Mon ami me guide vers la sortie. Nous retournons dans les égouts où nous rejoint le reste de notre bande. Nous plissons très fort nos visages avec des expressions forcées à outrance, ça déforme nos crânes et nous fait ressembler à de drôles d’animaux.
Puis une lueur arrive en fondu. Il y a Rodolphe Congé qui fait des mouvements répétitifs, très proches de ceux de la fille qui ressemblait à Ulrike Meinhof. Mon regard se rive au plafond, ma notion de la gravité devient très relative… Un peu plus tard l’intensité de la lumière se met à monter, mon regard, lui, redescend vers la scène. Je vois…
En fait, Rodolphe Congé est une tulipe.
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19.11.11
Un peu plus de 24 heures se sont écoulées maintenant depuis que j’ai quitté mon fauteuil et la couverture qui m’a été attribuée pour cette dernière du “vrai spectacle” au théâtre de Gennevilliers, et je suis restée connectée toute la journée à cette expérience… Y repensant à ma guise dans la journée, tentant d’aiguiser mon sentiment sur le dialogue mystérieux que j’ai visiblement accepté hier sans pour une fois trop me rebiffer.
Je me retourne et ausculte mes méninges… Une expérience incroyable, j’ai plongé. Depuis quand n’ai-je pas accompagné un spectacle, cru en une adéquation possible?
Alors d’abord en premier lieu merci au comédien hypnotique qui a miraculeusement poussé l’histoire devant, et su se faire oublier… en un certain sens, puisque sans sa voix pour guide fidèle, jamais je n’aurais fait ce voyage. Cette voix qui forte de suggestions a permis un dialogue entre un lexique et le mien propre. Un songe plus qu’un rêve ? Je tente de préciser ma pensée puisque, oui, je me suis sentie très active dans cette volonté d’accompagner des propositions qui semblaient parfois obscures. Comme dans ces phases de réveil, ou dans la volonté de poursuivre un rêve on a un peu cette impression de mettre en scène ces dernières secondes qui paraissent une éternité…
C’est grandiloquent ? Je suis désolée de ça… Mais je me pose tellement de questions sur le phénomène. J’aimerais être dans le tête de chacun des spectateurs, bien consciente qu’un rêve qui ressemble trop à mes fantasmagories personnelles aura pris bien d’autres formes chez les autres… Avide d’histoires je sors de ce spectacle, et j’espère avoir la chance de revenir faire auprès de vous ce travail de songe… Tous le monde sort avec un rêve complet ? Que voient les gens ? Je rêve d’être étonnée.
Mais je ne suis pas là pour vous faire l’état de ma surprise, et de mon petit plaisir à avoir si bien adhéré… C’est bien de mon histoire qu’il est question…
D’abord la persistance rétinienne, le comédien oscille sur scène entre lignes foncées et claires, sa silhouette se stylise. Les bords du cyclo de fond sont tantôt blanches, tantôt noires… Je ne parviens plus à faire le point… La silhouette semble parfois se balancer, parfois être immobile, je commence à ne plus savoir ce que je dois croire de ce que perçoivent mes yeux… Et je me rappelle avoir la sensation de rentrer dans une bande dessinée. Une de celle dans laquelle l’auteur travaille en lignes claires.
Quand l’hypnotiseur suggère que l’on s’enfonce, je finis par me demander où l’on descend. J’observe des gouttes de peinture noire s’échapper dans un tuyau… Une canalisation dessinée à main levée dans un style naïf…
Puis on est invité à prendre place sur scène…
Je n’ai pas eu envie au départ de regarder le public à la place de celui qui se tenait sur scène… Peut-être parce que je suis comédienne, et que la chose dans ma réalité me fait déjà suer de trac autant qu’à mon tour.
Cependant, trop curieuse, et acceptant le postulat que je pourrais être à cette place, je me suis retrouvée dans ce corps, mais si petite en réalité que pour décrire à la sortie le rêve à un ami, je pouvais affirmer que j’avais alors la taille d’un grain de riz ou d’une cacahouette… Que campée debout, sur ce qui devait être la hauteur du bassin ou du bas ventre, j’observais un édifice vide, mais de mon point de vue haut comme le plafond d’une cathédrale, et que si je voulais maintenant voir ce qu’il se passait à l’extérieur, il me faudrait escalader la paroi lisse et rose et atteindre les yeux. Ce que je fis, non sans me demander au préalable si toucher ce tissu muqueux ne serait pas dégoutant, poisseux…
A mon grand étonnement, le toucher était ludique, caoutchouteux, ergonomique, et les prises faciles, les pieds s’y enfonçant sans soucis dans d’accueillantes encoches… Et l’escalade rapide, il fallut peu d’effort pour arriver au but fixé, et constater que la porte de sortie ne pouvait être le globe oculaire… Je ne voulais pas risquer de le crever. Je me suis donc empressée de trouver une autre solution… L’orifice nasal ne demandait qu’une petite descente, mais je revenais sur mon idée, me demandant si je ne me retrouverais pas par mégarde engluée dans une grosse masse verte… J’ai préféré jouer une carte plus sage qui indiquait de passer par l’oreille… La gauche en l’occurrence.
Arrivée sur le bord du pavillon, une multiplication de visages familiers et inconnus, puis des silhouettes entières… Bougeant lentement et s’élevant dans l’air. Lévitant dans des chorégraphies proches de mouvements de kung-fu… Gracieux, précis, dansés… De plus en plus nombreuses, les silhouettes, une forêt en somme… Comme ces impressionnants attroupements qui se font en Chine (et certainement ailleurs) sur des mauvais morceaux de dance, rassemblements populaires où les gens se livrent à la même chorégraphie. Bref…
Le corps qui est “le mien”, le corps géant d’où microscopique je sors, bouge aussi, et ça tangue, je m’accroche à des lianes, des cheveux et me hisse vers le sommeil du crâne… Pour voir ce spectacle d’en haut… J’y reste un petit temps et décide de descendre…La terre ferme, trop difficile de resister au chaos de la danse… Je descends rapidement, animalement, étrangement agile… En bas, me retrouvant au pied des géants, je doute d’avoir fait le bon choix… Un incident est si vite arrivé… Je pourrais me faire écraser par une de ces énormes bêtes… Si petite que personne ne semble avoir remarqué ma présence. Et pourtant, la proposition se modifiant, et sur des mots de l’hypnotiseur apparaît la réplique géante d’un ami cher, Jules, qui me repère et me soulève de terre… Il ne dit rien et reprend son chemin me portant à bouts de doigts vers une destination inconnue… Il me tient par le col du tee-shirt… J’ai l’impression de faire du parapente.
Il monte dans une voiture, une sorte de jeep, pas de toit ni de contrefort… Deux autres amis chers montent à leur tour, Basile et Emilien. Personne ne parle ni se regarde. Jules m’a posée derrière le levier de vitesse. On roule, le vent souffle très fort, mais je suis confortablement assise. Je suis surprise de ne pas m’envoler… Je m’aperçois qu’on roule sur la Sera do Mar. Route que j’ai empruntée lors d’un voyage qui ralliait Sao Paulo à Rio en 2011… La voiture va de plus en plus vite. Les basses de la salle de spectacle ont accéléré aussi… Si vite, vite que la voiture décolle, c’est une mer d’arbre en dessous de nous, puis le ciel, les arbres et les étoiles se mélangent… Tout va si vite, que je me retrouve catapultée dans un mélange pictural de bleu nuit, de vert, et de jaune orangé… La voiture et les amis ont disparu. Doucement la projection s’arrête, suspendue dans le blanc, la mer d’arbre est sous mes pieds. J’aimerais redescendre et automatiquement je glisse lentement contre une paroi de verre…
Là, j’ai la sensation d’être seule… D’ailleurs, même l’hypnotiseur ne semble plus être là… Sans guide, sans conseil, sans suggestion, je me demande ce qui se passe, je bouge les doigts… Engourdie, j’ai besoin de sentir mon corps, et j’ouvre les yeux, très peu de lumière, elle oscille toujours, et la silhouette est là où je l’avais laissée… Rassurée, et d’ailleurs il se remet à parler…
Je referme les yeux… Il parle d’une danseuse et d’une danse accueillante… Je ne veux pas danser, je ne me sens pas douée pour ça, et d’ailleurs je préfère aller voir comment on danse. Je transgresse la proposition je crois, mais j’entre dans le corps de la danseuse…
Même figure que pour mon entrée dans mon supposé corps géant du début, mais effectivement, debout à hauteur de bassin, vu de l’intérieur, le corps de la danseuse ondule de gauche et de droite… Une danse orientale ? Une danse gracieuse que je ne sais pas danser… Ça donne envie d’apprendre. Mais je vais remonter, et cette fois j’affronte le nez. Je fais fi des possibles crottes, j’ai envie de tenter le toboggan, et tant que j’y suis j’emprunte le sinus droit… J’ai l’impression d’être à Aquaboulevard. J’atterris sur le sol.
Une fête, des gens dansent habillés en costumes d’époque… La Galerie des Glaces, éclairée à la bougie, une sorte de cour versaillaise… Ca se taquine, se court après… Je me sens mal à l’aise et je n’ai pas du tout envie de rester là… Je pense à des images de films et de clip, me reviennent en tête “Amadeus” de Forman, le clip de Jamiroquai visionné il y a peu “I’m a king for a day”, Sofia Coppola et son “Marie-Antoinette”… Je n’affectionne pas toutes ces références, mais elle créent en quelque sorte la toile de fond de cette élucubration… Ce qui me perturbe est en fait, je le comprends après, que chaque personne porte le scalp d’un animal en guise de demi-masque… Et il faudrait saluer… Des groupes vont vers la salle de bal dont je m’éloigne… J’en évite certains, j’entends des grognements semblant parvenir des grappes que je dépasse, mais poursuis mon chemin… Dans mon slalom je finis par me retrouver nez à nez avec un groupe… A sa tête sieur Renard… d’une main attrape ma nuque, de l’autre méthodiquement attrape le bout de son nez pour réajuster le masque… Il pose ses lèvres contre les miennes… Le mouvement est stylisé, comme de coutume, j’ai un mouvement de recul… Je n’adhère pas… Alors il fait une chose assez humiliante, il gonfle ses joues et expulse l’air dans un son qui ressemble à un pet… Quand j’étais petite je me rappelle que ma soeur me le faisait dans le coup et j’explosais de rire… Mais ce renard me terrorise. Je me dégage de son étreinte.
La voix suggère l’arrivée d’un ami pas vu depuis longtemps… Il fait très sombre, et les gens affluent toujours vers la salle de bal, ce ne sont plus des grappes de gens mais une foule que je remonte à contre-sens. Et au milieu une petite main se tend vers moi, un petit garçon qui n’a pas plus de quatre ans attrape ma main et m’embarque, je remarque que j’ai ma taille normale depuis que j’ai tenté de fuir le parquet où les gens dansent. L’enfant m’entraîne, je sais qui c’est… Et je n’en crois pas mes yeux. Prosper. Prosper un petit garçon d’une classe de maternelle… Ce Prosper qui portait le même nom que le pain d’épice….”PROSPEERRR Youpla boum, c’est le roi du pain d’épices…”
Prosper me guide dans le noir, on descend un escalier, pour se retrouver sous la scène d’un théâtre… L’entre-sol, le dessous de scène est assez haut. La lumière vascille et éclaire l’endroit… Une chose étrange, juste sous le plancher, un réseau de tubes transparents qui s’entrecroisent…. Dedans de l’herbe, de la terre rouge, du sable, des petits cailloux, et des lapins qui évoluent dans les tuyaux… On traverse la salle pour réemprunter un couloir sombre… Qui débouche sur une plage….
Il fait nuit, la mer est démontée… Prosper se jette à l’eau, il saute dans les vague en riant… Je le laisse jouer et marche le long de l’eau, je n’ai pas de chaussures, et pense à la sensation gluante du sable mouillé qui colle, forme dans le sable une empreinte, qui se referme à peine le pied arraché de cette dernière pour créer la prochaine… Les traces qui s’effacent d’elles-mêmes…
Une montgolfière au long toute blanche, la nacelle posée dans le sable… Le feu pas allumée, le ballon, allongé sur le côté… Je me demande déjà comment on peut faire pour la mettre en marche… mais la voix de l’hypnotiseur vient à ma rescousse, c’est un zeppelin… Mais comment est un zeppelin…? Le ballon est oblong… Mais y a t-il une nacelle ?… Je décide que ce sera une nacelle et je monte dedans, elle s’élève, on s’envole… De nuit… Je sens la portance, je me sens un peu ballotée et ça vibre sous mes pieds…
L’océan est immense en dessous et on s’élève, mais j’aimerais tellement voir le monde dans sa globalité… Le zeppelin monte toujours plus haut… Je souhaite voir un globe terrestre et cela se produit, je suis à nouveau grande comme un grain de riz, la maquette du zeppelin flotte dans l’air grâce à un ventilateur à pâles bleues… Un modèle standard… Et le même zeppelin est lesté au globe terrestre luminescent de mon enfance par un fil de nylon.
Nous sommes invités à nous retrouver sur scène.
J’étais en train de descendre à la corde, au fil de nylon pour me balader sur le globe… Il va falloir ouvrir les yeux… J’espère que le globe sera sur la scène…
Vous devinez la suite, le globe n’y est pas… Mais je viens de rêver pendant une heure, et je demande comment je suis allée si loin. Certes rien ne m’était réellement étranger, j’ai eu l’impression de parcourir par morceaux de puzzle des éclats de vie… Une chose un peu étrange… Et cette activité, je ne peux pas dire que les images surgissaient d’elles-même, je voulais suivre…
Bon, je suis heureuse de pouvoir vous donner compte du voyage que cette séance m’a apportée, mais en un sens les choses y sont si personnelles que je doute qu’elles puissent être saisie comme récit…
En tout merci, c’était surprenant.
Morgane
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17.11.11
(deuxième expérience)
Ouf ! Me voilà installée dans la salle. Quel soulagement ! Cela n’a pas été sans peines. D’autres spectateurs « n’y croyaient plus » et là, bien au chaud dans les gradins, on entend parler, plaisanter. Il règne une ambiance de fête, une sorte d’excitation partagée.
Le spectacle commence. Assise bien droite, je suis prête pour l’hypnose. De grands éclats de rire secouent le public et accompagnent les blagues du comédien.
Je commence à m’impatienter quand la salle se met à tourner. Le public disparaît et l’acteur bouge d’avant en arrière. Une matière noire et épaisse, très sophistiquée envahit la scène.
Puis, sur la figure du comédien se succèdent un nombre incalculable d’autres visages.
Ils changent à une vitesse incroyable quand, enfin, les voilà : le soldat en uniforme et l’homme qui attend, sa mallette à la main.
Je ferme les yeux et me sens glisser. Une colonie de fourmis a envahi mon corps et je ne peux plus bouger les jambes. Du tout.
J’aime cet état. Je me sens insouciante, comme si je n’avais plus aucune responsabilité. Je me sens bien mais je ne vois pas d’images. J’entend le comédien parler de la femme qui danse, de l’odeur de pétrole qui m’avait tant plu la première fois et cette fois-ci, rien n’apparaît. Si, des fœtus, dans un univers chaleureux, orange et rouge. De nouveau plus rien. Les sensations, dans mon corps, ont changées. Désormais je peux étendre ma jambe mais je suis prise de minuscules soubresauts.
Quand j’entends « Vous retrouvez un vieil ami », je comprends que la fin du spectacle approche. C’est à ce moment là que je vois, en guise de vieil ami, un train. Il me plaît beaucoup, il est rouge et noir, très graphique. Il s’arrête devant moi. Je me glisse dessous et commence à ramper. Je ressors de l’autre coté, sur une plage immense. Il fait bon, il y a du vent. J’en viens à me dire qu’ « ils » ont allumé des ventilateurs dans le théatre…
Je ne veux pas que le spectacle se termine et vis les dernières phrases du comédien comme un compte à rebours.
Je monte dans la nacelle, sans trop y croire mais la nacelle s’élève et passe au dessus de la ville qui devient toute petite en contrebas…Je suis vraiment trop bien… Je prends une grande respiration et ouvre à nouveau les yeux.
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15.11.11
Alors alors, mon vrai spectacle…
Bon déjà, faut dire que j’étais prêt à me laisser envoler-embarquer. Mais là, franchement…
Bon, donc, je tente de raconter, ce sera confus et partira dans tous les sens, forcément, comment faire autrement. Et puis j’oublierais des trucs que je renverrai surement parce qu’il ne faut rien oublier hein.
OK bon, je m’installe tranquille sous ma couverture, j’enlève mes chaussures, bref, je fais tout ce qu’on me dit, je suis bien docile et j’ai envie de. De quoi, j’en sais rien, mais je suis prêt.
Je me dis que ça va être compliqué parce que la position la plus confortable que j’ai trouvée n’est en fait pas très confortable mais OK, bon. Je pose ma tête sur le siège d’à côté, calée autant que possible sur mon pull roulé en boule.
J’écoute, j’écoute, je regarde, je me dis que, vraiment, ils sont trop forts, tous : le théâtre de Gennevilliers, Cati Olive, Pierre-Yves Macé, Rodolphe, Joris, forcément.
OK, bon. Je suis prêt.
J’écoute, ça me rassure, on me parle « normalement », pas en mode « paupières lourdes truc truc ». J’entends qu’il nous dit (là, il parle encore à tout le monde je pense) que ça va être un spectacle-drogue, trop cool, je suis prêt au trip, en mode acide / LSD. Et puis il raconte son expérience (enfin sûrement celle de Joris mais OK, bon), parle de responsabilité, bref me rassure complet.
Il dit que ça a déjà peut-être commencé et là, je me rends compte que l’espace a changé (avant, une structure était penchée sur nous, là l’espace devient rond, enveloppant), que les lumières aussi, je me redis que Cati Olive quand même !
OK, bon, oui en fait ça a déjà commencé, oui, en fait, oui. Je vois que la lumière commence à vibrer autour du corps de cet homme qui nous parle, comme un halo autour de son corps, comme si son corps lui-même irradiait de la lumière, diffuse, vivante, floue. J’entends ce mot d’ailleurs « flou ».
Je veux garder les yeux ouverts, je veux garder les yeux ouverts, pour voir cette lumière vivante, pour me redire encore et encore que Cati Olive… Pour « voir » où ça va. Et pour écouter aussi, parce que c’est super intéressant ce truc de spectacle réel vs spectacle vrai. C’est intelligent, c’est vrai, ça change le monde (mon monde) mais c’est évident, simple. Là je me dis qu’il commence à ne parler qu’à moi, en tous cas, qu’il n’y a que moi qui entend ça comme ça. Il parle à tous, mais je suis seul à comprendre avec cette intensité.
Je sens que mes paupières tombent doucement mais il a dit qu’il nous dira plus tard quand fermer les yeux, alors OK, bon, je les garde ouverts, OK. Et tant mieux, parce que je me raccroche à sa parole, je me dis que j’ai encore un rapport avec le spectacle réel, je vois qu’il s’éloigne, qu’il fait des répétitions, je me demande s’il y a un peu d’impro, puis me dis que sûrement pas, que cet acteur est génial, que je commence à avoir mal au dos, que je commence à voir les stroboscopes dont j’avais été prévenu, que je ne savais pas qu’un stroboscope pouvait être si délicat… Bref, je suis encore au Théâtre, à Gennevilliers.
Il dit que certains mots seront peut-être adressés à d’autres, que c’est pas grave si je les loupe, que les bruits des spectateurs ne vont pas me gêner, que je n’ai qu’à me dire qu’ils font partie du spectacle, que c’est écrit. Deuxième révélation-révolution : je n’avais jamais pensé les choses ainsi, mais oui, forcément, c’est ça le théâtre, bien sûr. Mais bien sûr ! Mais oui. Merci. OK, bon.
Ah oui, aussi, un autre truc très fort, il dit qu’il y a de la musique, sûrement depuis un moment, mais je ne m’en rendais pas compte. Mais il dit qu’il y a de la musique et, oui, d’un coup, je l’entends, très distinctement. Il le dit, et hop, ça existe, tout d’un coup. Parole performative, je me dis.
Bon, ça c’est encore un peu le spectacle réel, presque objectif, en tous cas, possiblement partagé avec les autres spectateurs…
Et donc, bon, je suis là, détendu (parlons un peu de moi, de mon expérience), prêt, je sens que je suis en pré-hypnose, si ça existe, en tous cas, je sens que ça commence, que ça a commencé, quelque part.
La tête calée sur le siège d’à côté, je regarde cet homme avec une drôle de perspective, un peu comme quand on s’allonge pour regarder un film sur son canapé, la tête sur les genoux de l’autre. L’horizontal devient le vertical et vice-versa.
Il y a toujours ce halo de lumière autour de son corps, qui vibre. Il m’invite à prendre sa place, à me projeter, là, sur la scène. OK, bon. OK.
J’ai toujours les yeux ouverts, j’attends qu’il me propose de les fermer. Et puis, je veux encore voir, d’autant que je sais que ça ne va pas durer, que mes yeux vont se fermer bientôt.
Je regarde la lumière, je ne vois plus son corps, encore un peu son visage. Il dit ce qu’il n’est pas.
Plus il dit ce qu’il n’est pas, plus je vois ce qu’il est. Je vois, en fait, son visage flotter, presque détaché de son corps, comme flottant dans la lumière, comme étant lui même une lumière vibrante, vivante. Je vois très clairement qui il est. Sauf qu’il change de personnes sans arrêt. D’abord, il est très cinématographique (ça aussi, il le dira, mais plus tard, et je l’entendrai comme un repère, une validation, un jalon- je ne me suis pas perdu, puisqu’il dit ce mot là, « cinématographique »). Il commence par être un ami proche, Pierre, aux cheveux longs, à la barbe touffue qui me regarde jusqu’à ce que je me rende compte qu’il a des lunettes de vue. Et qu’en fait il est Brad Pitt, oui, oui, Brad Pitt, oui. Jusqu’à ce que je me rende compte qu’il est chauve. Et nain. Et qu’il a son corps à côté de son visage mais bien plus bas. Posé là, en voisin.
C’est pas qu’il n’est plus Brad Pitt, mais il est comme Pierre, qui est en fait Brad Pitt, qui est en fait un nain chauve. A un moment, il est aussi Benoit Magimel mais italien, (la preuve : sa chemise s’est échancrée et on aperçoit son cou) et je vois qu’il est très très très important qu’il soit italien, je me raccroche à cette nationalité, sinon, ça n’aurait aucun sens, mais comme il est italien, ok, ça marche, c’est comme le détail qui valide, qui prouve que c’est bien vrai, que je ne délire pas, bref, que je ne suis pas encore « parti ».
Et puis finalement, c’est son visage qui se dédouble. (là, je me dis que c’est ma position qui appuie sur mes yeux, les étire, trouble ma vue, me fait voir double ; je relève la tête pour vérifier, non, c’est bien ça, je me repositionne, OK, bon).
Il est en fait un satyre, mais gentil, avec un grand sourire vert. Et puis des cornes toutes douces, toutes arrondies. Mais en même temps, il est une créature des bois, fragile, furtive, un animal démoniaque, mais gentil, gentil.
Et puis son visage se met a flotter, indépendant. Il laisse des traces de son passage, dans l’air, dans la lumière, un peu comme quand on essaie de déplacer un dossier sur un ordinateur, mais que ça bugge, que ça laisse une trace pixelisée, pour finalement rester là, flottant, au milieu de son parcours.
Et là, presque au milieu d’une phrase, sûrement d’une énumération, il dit, presque comme dans une parenthèse, un truc sans importance, une petite digression, comme ça, semblant de rien, au passage, il dit, ou plutôt, il propose, il offre la possibilité de fermer les yeux. Je suis à ce moment là scotché à son visage-lumière: son visage est cette lumière qui tremble, je ne veux pas quitter cette lumière, ce visage des yeux. Mais il propose de fermer les yeux. En un instant, mes yeux se ferment D’EUX-MEMES. Je ne les contrôle plus, ça y est, je me dis que je viens de perdre le contrôle, que je ne maîtrise plus, qu’il me manipule. Mais ça va, j’ai confiance, comme s’il s’agissait d’un bon ami qui me prend la main, me tient la tête pour vomir, me parle quand je suis en pleine descente. J’ai confiance… Mes yeux se ferment donc tout seuls, d’un coup, comme une lumière qui s’éteint soudainement (panne électrique), ou plutôt une porte qui claque sous le coup d’un courant d’air, ça ne se maîtrise pas. Je ne maîtrise pas.
Après ça devient plus flou, je ne me souviens que de moments, et je ne sais plus trop dans quel ordre. Je sais que de temps en temps j’entends distinctement des mots, que j’ouvre les yeux, pour voir ce qu’il se passe sur scène, deux fois, pour les refermer aussitôt, c’est comme un clignement de cils, mais à l’envers. Je sais qu’à un moment je me dis qu’en effet les bruits des autres, le ronflement là en bas, font partie du voyage, que c’est écrit, c’est pour moi. Une proposition qu’on me fait, et que j’accepte. Sinon, donc, je me projette à la place de cet homme-visage qui n’est déjà plus qu’une voix. Et je voyage de situations en situations, tout est lié sur le moment, mais là, en l’écrivant, je me rends compte que je n’ai plus souvenir des enchaînements de situations, et qu’il est assez difficile de décrire ces différentes situations car au-delà des situations elles-mêmes, c’est ce que je ressentais sur le moment qui importe, l’intensité avec laquelle je les vivais, tout en étant dans une légèreté, un flottement, un flou continuel. En mouvement.
Je suis à un moment dans la jungle, je marche, je rampe, je ne suis pas perdu, je sais où je vais : toujours tout droit. Je pousse la végétation qui est de plus en plus luxuriante pour me frayer un passage. Toujours tout droit. Je marche, je marche, j’ai des yeux, je vois super bien, je vois comme un animal dans la jungle, je suis dans la jungle, je suis dans Apocalypse Now (il y a des hélicoptères), j’ai des yeux qui se cernent de noir, mais c’est beau, comme un maquillage, comme la marque de la jungle sur moi. Je marche par et avec mes yeux et ce maquillage. Et puis il y a une mouche géante (ou un moustique?), plus grande que moi qui me fonce dessus, qui bourdonne très fort en me fonçant dessus, comme un effet 3D au cinéma. Mais ça m’est égal, je suis dans la jungle, c’est normal, je continue mon chemin, toujours tout droit. Je suis la jungle. Et puis mes pieds commencent à s’enfoncer dans le sol, dans la terre, alors que je marche. Comme dans de la boue, mais ce n’est pas de la boue. C’est que mes plantes de pieds ont la peau filandreuses. Ma peau sous les pieds, c’est en fait des filaments de terre, reliés à la terre. Mes pieds sont reliés au sol par ces fils de terre. Je ne marche plus, mais la terre fait bouger mes filaments de pieds pour me faire avancer. C’est la terre qui me fait faire des pas, qui me porte, m’accompagne. Et puis forcément, à force de marcher, j’arrive quelque part. Dans un couloir d’hôtel ou de métro, c’est la même chose. Il y a un garçon qui joue aux billes à l’autre bout du couloir, mais très loin, il ne me voit pas, moi non plus d’ailleurs, mais je le vois quand même. Il dit, comme pour lui-même que j’ai la peau blanche, c’est vrai, mais que de l’autre côté, ma peau est noire. Que c’est bien pratique. Que si je le voulais, je pourrais retourner ma peau, un jour, et être noir, puis la retourner à nouveau pour redevenir blanc, etc. Il a les cheveux qui poussent, ça lui fait une grosse touffe. Il y a des logos dans ses cheveux, des logos étranges mais des logos de luxe.
J’entends qu’il y a un dirigeable blanc qui arrive, j’y vais, je monte dedans pour m’envoler, il y a d’autres personnes mais je ne les vois pas parce qu’en fait je suis dans un ballon de foot, qui roule dans des herbes hautes. Je suis tout petit. C’est un ballon de foot classique en cuir mais avec un Hello Kitty dessus. Je roule dans les herbes hautes, je suis assis sur un canapé, la cheminée est allumée dans le ballon de foot. Je suis bien.
Le ballon s’envole, très haut, très près du soleil, mais je n’ai pas plus chaud, il ne me brûle pas. J’aperçois mon mari, assis sur un nuage qui me sourit et me fait un clin d’œil sous ses lunettes. Je suis content, rassuré, je ne fais pas fausse route.
Et puis il y a cette danseuse dont l’acteur avait parlé avant que je ne ferme les yeux. Elle est là mais à deux endroits différents. Enfin, elle flotte à deux endroits différents, dans le noir absolu, comme dans le vide. D’un côté, c’est une danseuse d’opéra en tutu et pointes qui danse dans les stroboscopes d’une boîte de nuit. De l’autre, c’est une danseuse en jeans baskets qui danse, seule, sur la scène de l’opéra. Il n’y a pas de musique. D’ailleurs, elle ne danse pas, elle se laisse porter par l’air, comme une poussière qui vole. Son visage disparaît, puis son corps. Ne restent que ses vêtements qui flottent, volettent.
Je sens que je reviens doucement sur mon siège de spectateur, au théâtre, à Gennevilliers, au spectacle réel. Que je suis déposé là, gentiment, par cet air qui faisait flotter cette danseuse.
Je sais que je vais ouvrir les yeux, bientôt. La voix me propose de le faire, je le fais aussitôt, presque sans le vouloir, sans le maîtriser, sans le décider. Je suis dans le noir total, je suis au théâtre, mais je suis seul. Seul spectateur. Je pense aux ondes binaurales, je me demande si j’en entends en ce moment. Une lumière arrive sur le corps du comédien. Verte, encore. Légère, très légère, presque imperceptible. En tous cas, elle est pour moi seul, c’est sûr.
Je reviens peu à peu au spectacle réel, à la réalité, à la situation. Je vois les autres spectateurs, je vois la lumière se faire, je comprends que c’est fini, on me dit que c’est fini, je me dis qu’il faut applaudir, que ça se fait. Je pense au théâtre grec où, paraît-il, on applaudissait pour faire sortir les acteurs de leur transe à la fin de la représentation. Mes premiers applaudissements sont mous, j’ai les bras engourdis à cause de la position, et puis je dois sortir les bras de sous la couverture, c’est chiant. J’applaudis mollement comme pour reprendre le contrôle de mes bras, me sortir de l’hypnose. Puis je me dis que, quand même, il faut applaudir pour le spectacle. Je le fais mais pas comme j’aurais voulu. J’aurais voulu me lever pour montrer mon enthousiasme, applaudir « à tout rompre », crier des bravos. Mais je pense qu’on ne va pas m’en vouloir, que c’est normal, après un tel trip.
Je m’extirpe de la salle. Je voudrais rester là. Les gens derrière moi commencent à parler, ça m’agace. Dans le couloir, la lumière me fait un peu mal. Je me dis que je pourrais profiter de cette hypnose pour arrêter de fumer, mais bon, il me reste des clopes, alors…
Je voudrais parler avec les gens que je connaissais dans la salle, voir si François est encore là, attendre que Joris sorte… Mais je me dis que je n’aurais rien à dire là tout de suite, en plus je dois avoir une sale gueule, comme après une sieste.
En même temps, je sens que la peau de mon visage est super détendue. Je sors donc, pour aller vers le métro, et puis en fait, non, je prendrai le bus, parce que j’ai pas envie d’avoir une descente dans le métro, avec ses bruits et ses néons.
Je me dis que je suis comme en descente de MDMA, mais, douce, sans cet espèce d’état dépressif dû à la drogue. Je me sens léger.
Je me dis que je viens de vivre un truc de ouf, que c’est la meilleure drogue que j’ai jamais essayée. Le meilleur trip. Le meilleur spectacle.
Je me dis que Joris is my man, qu’il est génial, qu’il m’impressionne. Incroyablement.
Je me dis que c’est le meilleur spectacle que j’ai vu. La meilleure expérience, la meilleure œuvre d’art jamais vue.
Que je me suis fait manipuler, peut-être, mais qu’au final, on se fait toujours manipuler par une narration, une fiction. Alors peu importe. C’est normal, au théâtre, d’être manipulé. Et puis là, c’est moi qui faisais ma fiction.
Je me dis que cette fiction me ressemble beaucoup. Je rentre comme défoncé par l’expérience, j’en parle autour de moi, je fais des envieux (il n’y a plus que deux dates, complètes). J’y pense souvent, je l’écris ici. Je me dis que j’oublie des choses, sûrement, que je devrais peut-être envoyer de nouveau un mail post-scriptum. Je me dis que je ne vais pas relire ce que je viens d’écrire.
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13.11.11
Ce récit n’est pas tout à fait à chaud, c’est une reconstitution des ressentis.
N’ayant pas pu trouver la bonne position la dernière fois, j’ai “prévu le matos” : appuie-nuque d’avion, grosses pantoufles, vêtements de sport (je n’ai pas poussé le vice jusqu’à amener mon canard). Je m’installe devant, avec la place pour les pieds.
Derrière moi un type : “Vous savez ce que l’on va voir ? Je fais confiance au Festival d’Automne”. J’ai l’impression d’être un peu in, haha, le pauvre, il ne sait pas.
Dimanche, je suis plus reposée et attentive. Le discours de présentation se passe sans ennui, je trouve au comédien plus de présence et de conviction, du rythme. Je me laisse bercer, c’était mon moment préféré la dernière fois. Je me tiens droite et garde cette position, sans bouger.
Je suis immobile.
Je continue de le regarder, jusqu’à ce qu’il dise de fermer les yeux. Je le fixe, je me sens fluctuante, son image se brouille et se pixellise, c’est comme si c’était une image basse résolution découpée grossièrement sur Photoshop, il y a un halo autour de sa silhouette. Il tremble.
Chaleur douce.
J’observe son visage se modifier, il fond, les yeux dans le noir, il devient chauve, barbu ou vieux. J’écoute avec plaisir le “non, ce n’est pas un soldat” etc. , très poétique, et des images de cinéma se succèdent, comme si décors et costumes se glissaient les uns après les autres sur la silhouette du comédien.
Un poilu de 14-18 avec une mitraillette. Je ne sais pas s’ils en avaient mais je ne me pose pas la question.
Un quai de gare.
Un poignet avec une montre froide.
Je ne me souviens pas de tout. J’ai fermé et ouvert les yeux quand il l’a demandé.
Sa voix, les lumières et le son ne m’agacent plus. Je laisse défiler les univers.
Cette danseuse. C’était une des seules images que j’avais eu la dernière fois et je choisis de la retrouver.
Elle danse un truc rythmé, un fox trot, avec des déhanchés, sur un rythme entraînant et répétitif, sur une grande piste noire dont on ne voit pas les limites et qui semble parfois bouger. Comme le pont infini d’une plate-forme sur l’eau.
Elle danse dans le noir mais est éclairée.
Je ne sais pas son visage, je ressens juste l’idée de la beauté. Elle est vêtue de noir, mince.
Puis elle est nue. Je vois ses hanches, j’ai mes mains sur ses ailes iliaques (comme dirait mon prof de morphologie). Il y a une sorte de tension, celle de la concentration, de l’écoute, elle continue à danser, je danse avec elle, je suis complètement ivre.
C’est plein de désir. C’est entraînant. C’est beau. Je pourrais encore le danser.
…
Je n’arrive pas à sentir l’essence mais distingue une aire d’autoroute à l’américaine, le cliché, les voitures au loin, c’est comme quand Harry Potter est dans la Pensine (j’ai des références, moi).
…
Un couloir où je cours, comme un labyrinthe souterrain. La même excitation que celle que j’avais eu quand je m’étais perdue au Théâtre National de Bruxelles. On étais passés de l’autre côté du miroir, et courrions à travers couloirs et escaliers, conscients de l’absurdité de la chose, et nous rions, rions, rions. Ca fait longtemps que je n’ai pas couru.
Je ne me souviens pas de tout.
La mer ; comme si je devais choisir entre un tas de carte postales, je compose ma plage. Au bord de l’eau, au pied de montagnes fertiles, très vertes, je me dis l’Irlande ou l’Ecosse, avec des vagues et du vent frais, et j’aime ce décor.
Au loin, en bas d’une falaise pas tout à fait falaise, le zeppelin. Je suis vite dans la cabine.
A plat ventre (je m’endors souvent comme ça) dans la nacelle qui est petite. “Un décor de roi”. Elle se couvre de tapis et de tentures orientales, comme dans l’affiche du métro sur les appartements de Louis XIV à Versailles. Je suis bien, là. Oui, le hublot, mais je me force.
On redescend au théâtre. Je trouve ça encore rapide, je voulais profiter encore de la cabine.
J’ai vécu l’ensemble comme une semi-conscience, comme les fins de rêves le matin que l’on décide de prolonger en se rendormant, parce qu’on en aime le scénario et l’univers.
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11.11.11
Avant même que la lumière ne commence à être modifiée de façon nette, l’ombre du visage de l’acteur sur son cou lui dessine un collier et une barbe. Puis avec un énorme double menton pointu qui apparait grâce à la peau de son torse qui dépasse grâce aux 2 boutons ouverts de sa chemise. Je sens que je sombre beaucoup plus tôt que la fois précédente.
Cette fois ci encore, mille visages apparaissent, mais aucun vacillement ni déplacement corporel.
La tete de la personne assise 2 rangs au dessous de moi est entourée d’un spectre blanc, tout comme le corps du narrateur. Il m’est impossible de faire la mise au point sur lui, mon oeil rivé sur l’acteur n’arrive plus à faire la différence entre le personnage et le fond.
(…)
Je suis sous un pont d’autoroute, un no man’s land. Il n’y a personne, ça ressemble à un non lieu ou lieu oublié. Les voitures qui passent sur le tablier au dessus de moi entrecoupent la lumière des lampadaires qui éclaire mon champ de vision. Je traverse la rue vide et je suis devant le Barracao de l’école de Samba Pimpolhos, à Santo Cristovo. Je reste là, en face, sur le terre plein. A attendre. Quelques voitures passent et je ne bouge pas. Il n’y a personne dans la rue, c’est particulièrement glauque.
(…)
Je me retrouve en plein jour dans un champs. Je suis allongée dans un champs. Je suis allongées dans un champs avec des fils métalliques au dessus de moi. Ceux qui servent à faire pousser des rangées de tomates. Je suis allongée dans un champs à coté d’un arrosage automatique circulaire, l’eau passe au dessus de moi mais ne me touche pas.
Je suis maintenant à genoux, dans le champs, c’est un plan plus rapproché. Je tire sur une corde élastique de toutes mes forces pour avancer et sortir de là. Ca demande énormément d’efforts, j’ai les jambes paralysées qui trainent dans l’herbe et la terre.
(…)
Je suis sur un scooter, à une station essence qui longe la promenade face à la mer. Ca pue l’essence. Le décor se découpe brusquement en deux et effectue des mouvements avec deux axes et mécanismes différents. Ca ressemble un peu à un mécanisme de montre.
(…)
Puis je suis sur un étang, un chemin de fer passe au milieu de la lagune. Moi je suis sur une barque, tranquille. Un train passe, ça dure très longtemps. Il y a une usine à ciment énorme et éteinte au fond de l’étang. Mon regard se rapproche du train. Mon oeil suit maintenant de près la fenêtre. Il est à l’extérieur mais avance à la même vitesse que le train. Derrière cette fenêtre, une fille avec un casque remue la tête sur de la musique que je n’entend pas. On pourrait croire à quelque chose de très rythmé compte tenue des mouvement qu’elle effectue. Je la suis pendant longtemps depuis l’extérieur. Puis je me lasse. Il fait tout noir. Une femme apparait et danse doucement. Elle est gracieuse et ses mouvements sont lents. C’est plutôt sa robe, ses voiles bleutés et blancs qui volent dans un bise légère. Je rentre dans ces vêtements et me met à suivre ses gestes. Mais les miens ne collent pas, ils sont brusques et sans grâce. Alors je me met à danser de façon saccadée, plus violente et assumée. C’est un rythme plus rapide. Elle a disparu. Il fait noir.
Devant moi, il y a de la pâte. Un contenu, mais je ne vois pas le contenant. Ça ressemble à la texture d’une pâte à gâteau, mais avant qu’on y rajoute du lait. C’est très dense et jaune orangé. Je la touche, l’étire vers moi, je l’étire encore puis je vois les rebords. J’essaye de la faire tomber mais je n’y arrive pas.
(…)
Je sors de la surface terrestre, entre dans l’atmosphère, ça file autour de moi, comme dans l’Odyssée de l’Espace. Puis je me rapproche du soleil. De plus en plus.
(…)
Puis je suis dans une voiture, au volant d’une grosse Ferrari rouge (celle qui se trouvait à l’entrée du theatre), je prend une route déserte en direction de la lumière.
(…)
C’est blanc. Il y a du monde, mais personne que je connaisse. Je suis dans un bus et il y a des passants dans la rue (ça pourrait ressembler à une banlieue aux Etats Unis). Le bus avance dans la rue enneigée. Il y a une vieille dame rousse devant moi. Elle se retourne et me regarde, avec ses grands yeux noirs. Elle me fixera pendant tout le trajet sans me parler. Il y a des enfants en train d’essuyer la buée sur les fenêtres.
C’est de plus en plus blanc, et je suis maintenant dans un couloir d’hôpital. J’avance. Je m’arrête. J’approche de la porte automatique de la sortie. Il y’a de la neige dehors. Je vois des groupes de gens à l’entrée des urgences de la Salpétrière, j’avance pour sortir du parking. Quelqu’un, pas de visage, me guide vers un trou, on s’enfonce, on dévale de grandes marche d’un escalier hélicoïdal. Pour faire un tour il suffit de deux marches. Nos pas sont énormes et insensés. Je sens qu’il faut que je sorte mais je n’y arrive pas. Ca dure longtemps, la texture des marches change et elles deviennent de plus en plus molles. Ca ressemble à du sable compacté, de moins en moins compact. Il faut que je m’échappe, j’ai l’impression que je vais me faire engloutir. Je trouve une sorte de galerie de taupe devant moi. Je l’emprunte. Il faut que je sorte de là, que je remonte. j’avance en zig zag, vers le haut puis vers le bas, mais je descends toujours plus que je ne remonte. Alors j’essaye d’avancer plus vite dans ce tunnel ou je suis allongée.C’est une séquence très dessinée ou on fait la différence uniquement entre le plein et le vide. Le noir et le blanc. J’avance au milieu du tunnel blanc. Une coupe.
Ca m’angoisse. Brusquement, le référentiel change et le noir vertical qui m’entoure devient un noir horizontal, je nage au milieu de la mer, une mer de pétrole, la nuée blanche est désormais la trace que je laisse après mon passage. Je nage vers le bord. C’est long mais j’y arrive enfin. Il y a apparemment un dirigeable un peu plus loin sur le sable. Je finis par le voir mais n’y crois pas beaucoup. Je tente de monter une petite échelle mais je n’y suis plus. J’ai déjà reconnu le «générique de fin» l’hélicoptère me sort complètement de mon état.
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08.11.11
J’ai la tête posée sur le fauteuil d’à coté quand la je commence à percevoir un changement. Depuis un long moment maintenant, l’acteur nous parle. Il nous parle de ses expériences, plus ou moins intéressantes… Je pose donc la tête de coté et l’écoute à moitié.
La lumière dès le départ ciblée de front sur lui se modifie légèrement, tout doucement, laissant apparaitre un sol noir éclairé et aucun fond. Puis inversement, c’est au tour du cyclo d’être éclairé, le sol restant noir, sombre. On perçoit par moment l’arrête qui sépare le sol du fond. Jusque là rien de spécial, c’est plutôt banal; un peu inintéressant. Mais il fait chaud, on est bien..
Je ferme les yeux..
Lorsque je rouvre doucement un oeil, la lumière est plus intense sur l’acteur, plus chaleureuse aussi; le fond est devenu gris, clair.
Il y a un son, comme un appel. Grave et aigu à la fois.
Et puis un scintillement, et un fort contraste sur l’acteur apparait. J’ai encore les yeux ouverts mais ça devient de plus en plus difficile de le regarder.
Il se met à vaciller.
Il monte, il descend. Pas beaucoup, juste de 20/30cm, il se décale à droite, à gauche.
Puis son visage se met à changer. Il fait peur, sa voix fait terriblement peur. Je commence à me poser des questions sur la raison de ma présence, je n’aime plus du tout.
Il nous dit qu’en le regardant plusieurs personnes vont apparaitre puis disparaitre. Son visage est effrayant. Je le regarde, crispée. Il change, se transforme, seconde après seconde, mais ce ne sont pas des clichés qui arrivent les uns après les autres, plutôt des sortes de mutations. Une multitude. Un visage long couvert de poils, d’autres fois un visage fin et rond, un visage de femme, un nez long, des cheveux longs, des yeux creusés, un front dégagé…
Mes yeux pleurent, mais je n’ai plus peur. Je suis curieuse et j’ai maintenant envie que ça continue. Maintenant, seul apparait sa silhouette, noire, androgyne. Je ferme les yeux. Devant moi une sorte de nacre, une goutte nacrée, plissée. J’ai du mal à la voir.
(…)
Puis je me retrouve à la montagne. Univers familier, en bas d’un chalet de 3 étages, haut et fin, je suis en contrebas, et la perspective est accentuée; augmenté par le terrain immense situé à l’arrière qui continue de grimper derrière lui. Une montagne. Le ciel est blanc, laiteux, un peu brumeux. Un climat d’hôpital, La lumière est puissantes mais très diffuse, ça ressemble à la mort, un peu… Il y a des gens autour, des silhouettes familières mais à qui je ne parle pas. Leurs visages sont noirs, comme effacés.
(…)
Je descends en altitude et me retrouve dans un tout petit cour d’eau. Je n’ai pas d’échelle ni de matérialité précise. Je suis juste un oeil et je flotte. C’est tranquille, je me laisse porter par les flots. Il y a des mouches et une abeilles autour de moi. Un cheval en train de boire. Je passe devant ses nasaux et continue à descendre.
(…)
Je me retrouve dans une prairie, toujours en Cerdagne, univers familier. Je suis élastique, et je fais la roue. Placée sur le ventre et la tête, je dévale une pente bizarrement. Je suis cambrée, mes mains sont accrochées à mes pieds. C’est particulièrement drôle.
(…)
Je reconnais maintenant toute la vallée. Les lignes THT me permettent de me restituer dans un décor de foret. Je suis à Força Réal et j’ai un point de vue sur toutes les Albères, la vallée de la Têt, et la mer. Tout est vert et vallonné.
D’un coup, tous ces différents endroits visibles se découpent en couches superposées. Une suite de calques en épaisseur (à la façon de Gondry dans la “science des rêves”) et se mettent en mouvement. La mer est le dernier décor.
Le seul qui reste maintenant. 3 parois se mettent tout autour de cette image de fond, comme si on refermait un carton blanc. C’est un studio photo avec en fond de décor la mer. Mon colocataire prend des photos!!?.
Les parois retombent et je me retrouve sans transition sur l’eau. Je suis sur une petite barque à moteur. La mer est calme et on perçoit des feux d’artifices au loin. Le bateau se rapproche du port (on avance doucement mais je me retrouve très vite dans le port de Collioure). On est maintenant en dessous des feux d’artifice. Cette situation agréable devient très vite désagréable, lorsque les feux deviennent des explosifs. On est en 1940, et les allemands ont détruit le pont qui relie Collioure et Port Vendres. Port Vendres est en feu. Je vois la rue du soleil qui descend de la colline le long du port. Une femme descends. C’est une métisse avec une longue jupe. Au rythme du tambourin qu’elle tient dans les mains, elle danse, elle remue les hanches, de gauche à droite, puis la lumière s’éteins. Fondu noir, seul le mouvement comme une lampe dans le noir reste. Droite/ gauche, puis en 8, puis en U. C’est long.
(…)
Puis un son profond et de plus en plus aigu me remet en tête la scène finale de Melancholia. Un paysage où la terre va bientôt s’écraser sur une plus grosse planète. C’est un peu angoissant. Le moment arrive, la terre s’écrase! Mais le bruit continue… Alors la scène se répète donc 1, 2, 3 fois et ne fait maintenant plus peur. Le son continue, il se fait de plus en plu aigu et je suis maintenant debout, je me vois.
Les pieds reliés au sol, quelque chose m’étire vers le haut comme un vieux chewing-gum collé à une table. Je suis à nouveau dans mon corps et ma partie haute qui n’a plus de forme se détache du reste. Je sors de l’atmosphère et flotte dans le noir. Je suis très apaisée. Il règne une grande sérénité et tout autour, rien. Juste des petits éclairs au loin. Un bruit d’hélicoptère me ramène à une réalité plus proche. Une personne est derrière moi et se détache. elle marche tourne autour de moi. De nous. Nous sommes à nouveau dans la salle.
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12.11.11
Je me suis placée dans les rangées du milieu, au centre. Tirant partie de l’expérience précédente, je m’étais mise droite, les pieds touchant le sol, la tête calée grâce à mon blouson et la couverture me couvrant les jambes. J’étais prête à l’induction. Mon leitmotiv « Ne t’endors pas avant qu’il ne te propose de fermer les yeux ». Le comédien entre sur scène, il est exactement dans mon axe. Je l’écoute et il dit les mêmes propos que lors des répétitions mais l’ambiance était plus détendue. Le public rit à certains passages, notamment à celle du thérapeute suisse. J’identifiais les parties que je n’avais pas suivies la dernière fois. Aux répétitions, je m’étais endormie après avoir fermé les yeux pour entendre un son qui n’existait pas. Cette fois-ci, je pouvais l’entendre, c’était un ultrason très faible. Je pensais réussir à suivre cette fois-ci mais en vain. Je me sentais happé par le sommeil. J’ai lutté au moins 2 ou 3 fois. Mon corps se sentait aspirer en arrière, me faisant penser au film Inception. Un coup de panique me prenait et je me réveillais. La panique n’était pas en rapport avec la sensation de chute mais au fait de ne pas suivre les paroles du comédien. Je ne voulais absolument pas rater une chose. Finalement, le sommeil a eu raison de moi. J’ai repris conscience lorsqu’il nous demandait de se concentrer sur son visage, j’ai pu voir le visage d’un vieil homme inconnu. Puis, j’ai enfin entendu le signal que j’attendais, on me proposait de fermer les yeux. Sitôt dit, sitôt fait. C’est à ce moment que je pense être « partie ». Tout était noir comme le moment entre l’endormissement et le rêve, qui ressemble à un passage dans un « tunnel » sans lumière. Un fond blanc s’immisçait petit à petit en fondu et je me suis retrouvé dans une ambiance pastel. Il y avait des teintes bleues et vertes, une pointe d’orange et de jaune. Une ombre était présente. C’était une silhouette d’une personne. J’attendais la mise au point, lorsque brusquement l’image s’est effacée et je m’étais réveillée. Ce n’était pas des douleurs au cou, ni les effets d’optiques, c’était une bouffée de chaleur. J’avais l’impression que j’avais soudainement couru, mon cœur battait rapidement. J’avais extrêmement chaud. Je ne voulais pas bouger pour enlever mon gilet, j’avais préféré retirer le foulard de mon cou. Mes yeux étaient restés fermés, je ne me souviens plus des propos de l’hypnotiseur à ce moment-là, je me concentrais plutôt sur le pourquoi j’avais chaud, et sur ce que j’avais vu dans mon inconscient. Qui était cette silhouette ? Je cherchais mais je ne voyais pas. Je savais, je sentais que j’avais rêvé d’une chose mais impossible de voir une image claire. Il ne me restait que la sensation et l’ambiance. J’étais stressée et agacée par cet oubli. J’ai décidé d’entrouvrir les yeux. L’effet stroboscopique me faisait voir des moirages. Lorsque la lumière était diffuse dans des tons de gris, je voyais des empreintes digitales de couleurs rouges prenant toute la hauteur du cyclo et imprimés tout le long de manières répétitives, comme un papier peint. Je referme les yeux. Je sentais mon corps s’alourdir. Je me souviens du passage avec le zeppelin blanc car le mot utilisé pour le caractériser m’avait interpelé : Oblong. Drôle de mot.
Soudain, j’ai ressenti une forte douleur dans mon genou gauche, comme s’il était coincé dans une broyeuse. C’était insupportable. Je changeais la position de ma jambe, je l’étirais, la pliais, je cherchais un moyen d’atténuer cette douleur. Mais ce mal restait. J’avais senti un changement et l’hypnotiseur ne parlait plus, j’avais alors ouvert les yeux et la salle était plongée dans le noir.
Dans cette obscurité, une voix résonnait «vous voyez une scène […] vous revenez doucement… ». Les lumières se rallumaient progressivement, le spectacle était terminé. Le réveil a été agréable, je me sentais étonnamment reposée. La douleur aux genoux avait disparu. Avant d’arriver au théâtre, j’avais mal au dos, cette douleur s’était également dissipée. J’étais bien, comme si je venais de sortir d’une séance de relaxation. Chose troublante car en comparant au soir de la répétition, je me sentais mal, le corps engourdi comme après avoir passé une nuit blanche.
Je n’ai pas eu plus d’images que la dernière fois, mais l’expérience a été beaucoup plus agréable. J’ai pu constater que la partie d’induction marche vraiment bien, je « plongeais » littéralement. C’était comme si mon âme se faisait prendre mais ma conscience le rattrapait de justesse. Après le spectacle, j’ai repensé au moment où il m’a semblé avoir une image. Je ne vois toujours pas précisément mais pour la silhouette, j’ai le sentiment qu’il s’agissait d’une de mes cousines. Mais je doute un peu, puisque juste avant de m’être « endormie », je pensais à elle. Soit il y a eu un mélange de souvenirs, soit c’est mon inconscient qui a emporté ma cousine dans cette scène aux couleurs pastels.
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11.11.11
Deuxième expérience
N’ayant pas beaucoup dormi la nuit qui précédait la représentation, j’arrive au théâtre plutôt fatiguée, l’esprit dans le vague. Je suis en quelque sorte déjà ailleurs.
Pour cette fois, je décide de prendre place ailleurs qu’au premier rang. Je me place à distance, au milieu du gradin, au centre, face à l’acteur.
Je m’installe confortablement. La tête enroulée dans mon écharpe, les fesses au bord du fauteuil, mes pieds touche le sol, mes mains sont enroulées à l’intérieur de mon pull contre mon ventre, et mes coudes reposent sur les accoudoirs. Je place la couverture sur mes genoux.
J’attends la venue du comédien sur scène.
Après quelque temps et cafouillage dans la salle ; il fait son entrée et vient se placer sous le nez des personnes au premier rang. Je le sens plus tendu qu’à la générale. L’ambiance n’est pas la même autour de moi.
Peu m’importe.
Son visage et sa voix me sont familiers.
Il commence à parler, face à moi, le même texte, la même intonation dans la voix à quelque chose près. Je le fixe. Je plonge dans son regard. Je l’écoute sans l’écouter. Je suis concentrée, mais en même temps détachée, distante, contrairement à la générale ; ce doit être dû à la fatigue que j’ai en moi.
Après ce temps d’explication sur l’hypnose, il porte notre attention sur la présence du son, d’un grondement, d’une vibration constante qui accompagne son discours. Alors à ce moment précis je prends conscience de cette présence, et l’intègre petit à petit. La vibration se fait plus intense, elle résonne dans le gradin, j’arrive à la sentir physiquement sous mes pieds. (Chose impossible lorsque l’on se trouve au premier rang, les pieds contre la dalle de béton). Elle est comme un ronronnement, quelque chose qui me berce et m’apaise à la fois.
La rampe de lumière présente à la face, qui nous aveuglait durant la première partie et nous empêchait de juger de la profondeur de scène et de fixer sans interruption l’acteur, s’estompe pour dévoiler en quelques sortes ses limites.
Un immense cyclo concave apparaît alors derrière l’acteur, qui part ailleurs a reculé, ajoutant une distance avec le spectateur. Un cyclo sur lequel se joue une partition lumineuse déstabilisante pour notre perception. Il devient alors difficile de faire la mise au point sur l’acteur à cause de ce fond qui fluctue sans cesse. On joue sur notre persistance rétinienne. L’œil se fatigue, la vue se trouble. Une brume d’un bleu électrique parcourt le contour du corps de l’orateur.
Ce moment correspond dans le texte au passage ou l’acteur est en train de nous dire que l’homme au centre du plateau n’est peut-être pas un acteur, qu’il n’est pas un militaire, qu’il n’a pas de valise à la main, que nous ne sommes peut-être pas au théâtre, il crée le doute, sème le trouble.
À ce moment précis du spectacle, je suis en train d’halluciner. Je suis surprise mais encore consciente. Ma vision semble me jouer des tours. Le corps et le visage de l’acteur sont comme traversé par d’autre personnalité. Je vois son visage et ses vêtements évoluer sous mes yeux en même temps qu’il parle de ce qu’il n’est pas. Je vois alors se succéder un militaire, un homme avec une valise, une femme, un vieillard à une vitesse impressionnante. Je ferme les yeux un instant me demandant si de ce fait quand je les rouvrirais le phénomène optique aura disparu.
Je prends alors tout doucement conscience de mon état. Je ne peux plus bouger, mes mains sont étrangement lourdes, chaudes et pesantes sous mon pull. Mes bras sont tout endoloris, engourdis jusqu’aux épaules. Quand je rouvre les yeux, l’acteur prononce les mots de concave, convexe, de contour flou, de disparition. Il est en train d’énoncer ce que je vois à ce moment précis. C’est étrange, c’est comme si ma vision précédait ses mots.
Puis il nous invite à fermer les yeux. Je les ferme. Je sens que mon corps s’enfonce au rythme de l’énonciation, c’est bien, aller y, on descend, on descend, on descend. Ma tête lourde bascule, glisse lentement jusqu’à ce que mon menton heurte ma poitrine. Je quitte le monde extérieur du spectacle réel, pour pénétrer au plus profond de mon être. Alors je me retrouve les yeux fermés dans ce noir opaque, le corps pesant, il continue de parler, mais je ne le suis plus. Il devient comme un bruit de fond. Je suis ailleurs.
C’est alors que des regards surgissent de l’obscurité dans laquelle je suis plongée, se succèdent de manière rapide comme des flashs. C’est plutôt étrange. Cela dure un petit moment puis plus rien. Je retombe dans ce noir opaque. Puis arrive au loin une lumière douce et pénétrante à la fois, qui vient rompre ce silence sourd. Une lumière balayante qui s’apparente à celle d’un phare qui guiderait les navires en mer. Je pense alors que cette vision est due au travail de lumière qui se déroule de l’autre côté de mes paupières. Je décide d’entrouvrir légèrement les yeux, puis les referme rapidement pour me rendre compte que cette vision ne résulte pas des effets produits par la lumière mais qu’ils sont provoqués par mon inconscient. La lumière se dissipe peu à peu, pour me laisser seul dans le noir.
La douleur dans mes bras me fait reprendre mes esprits. J’ai mal. Ça devient insupportable. Il faut que je trouve la force de me mouvoir. Alors doucement je commence à bouger, à frotter mes bras pour faire partir les fourmis.
Après cet épisode, j’essaye difficilement de redescendre en moi-même, ça devient plus difficile. Je ne vois plus rien. La voix de l’acteur me revient plus présente. Les images qu’il convoque ne provoquent aucune vision. C’est fini, je ne partirai plus. Je rouvre les yeux lentement à l’appel de l’acteur. Mon corps se réveille peu à peu. Je suis comme vidée, je me sens légère, une sensation de bien être m’envahit en quittant la salle.
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07.11.11
Un comédien entre et s’arrête sur le devant de la scène. Il est dos à un grand cyclorama noir dont, dans l’obscurité, il est difficile de définir les contours. Il demande d’éteindre les téléphones portables et commence une définition de l’hypnose, accompagnée d’exemples qui lui sont personnels. À la tonalité de sa voix, je comprends que le spectacle a commencé.
Je m’installe confortablement, une couverture dessus, une autre dessous.
L’homme recule un peu et la lumière derrière lui éclaire un peu plus le cyclorama.
Il devient très flou et son corps disparaît, ne laissant apparaître que son visage, comme en lévitation. Parfois, se dessine son torse qui semble se déplacer latéralement sur la gauche puis sur la droite.
Je ferme les yeux. Je me concentre fortement sur les mots, les explications, mais rien ne se passe.
Quand je rouvre les yeux, la scène est plutôt lumineuse, le cyclo est presque blanc, l’homme a encore reculé et j’entends le son des basses vibrantes.
Le comédien n’a plus de corps du tout et il nous incite à voir défiler sur son visage, les visages de gens que nous connaissons.
Sans effort particulier, je vois se dessiner le visage d’un ami proche et celui de Lénine. Plusieurs visages d’hommes âgés apparaissent, et puis le mien, ou celui d’une femme russe. Ce n’est pas flagrant car je n’arrive pas à me débarrasser de la barbichette de Lénine.
À la demande du comédien, je ferme à nouveau les yeux. Je ne les ouvrirai plus jusqu’à la fin du spectacle.
Je suis très concentrée, j’écoute chaque mot et cherche les images qui vont avec. Je commence à m’impatienter quand surgit sur un fond noir, une cage de scène, elle s’éloigne vite et forme comme un long tunnel noir et blanc. Puis apparaît dans mon esprit, un premier instrument de physique, en cuivre, avec des bras métalliques et des boules. Il est suivi de pleins d’autres instruments, ils tournent, font du bruit et les boules se décrochent et rebondissent partout, elles sont noires et blanches sur fond noir. Mon corps et ma tête sont pris de soubresauts (ils ne s’arrêteront pas jusqu’à la fin du spectacle.). À ce moment j’imagine que le cyclo doit être éclairé de manière stroboscopique.
Arrivent des masques, portés par de petits hommes se déplaçant à quatre pattes. Ils viennent vers moi. Les masques sont noirs sauf les yeux et quelques détails blancs. Ils sont grands et brillants mais ressemblent à des masques africains.
Puis me voilà dans le désert, c’est mon premier paysage. Je vois jusqu’à l’horizon car c’est tout plat. J’ai quand même du mal à voir la femme que nous suggère le comédien. Je suis de nouveau très attentive à ses mots. Je vois alors danser une femme nue, ronde, méditerranéenne avec des cheveux très longs qu’elle fait tourner au-dessus des musiciens. Je ne vois pas les musiciens. Au loin il a y une forêt. L’homme dit que je suis la danseuse, mais je n’y arrive pas. Il dit que ça sent fort l’essence et je me mets à ressentir cette odeur très, très fortement. Cela me plait car c’est un peu spectaculaire.
Je reste « bloquée » sur cette odeur et le désert. Du coup, je ne vois pas grand chose lorsque le comédien nous parle de retrouver un vieil ami. En revanche apparaît une forêt vierge avec un escalier aux marches glissantes que je dois descendre.
La descente, comme dictée, m’emmène dans un théâtre. J’ai une vue plongeante de la scène, il y a beaucoup de monde. Des hommes, je crois, tous habillés en costume de ville noir mais l’un me sourit. Il est enfoncé dans un immense fauteuil rond coloré, style fauteuil-soleil en rotin. C’est sa robe, elle me semble très belle, il y a beaucoup de gens autour.
Puis je vois des bulles de mousse, par millier. Juste une image en mouvement, comme un zoom sur un bain moussant qui serait en train de bouillir.
Voilà alors, la plage suggérée par le comédien, l’eau de la mer boue, fait des bulles. Je trouve amusant d’avoir collé ces deux images ensemble mais ça fonctionne bien. L’eau paraît épaisse. Il y a du vent, je ne le ressens pas vraiment. Et je vois, comme collé sur ce paysage, un veston d’homme année 50. J’ai l’impression de comprendre les tableaux de Dali, il me semble être dans l’un d’eux.
« Il y a une montgolfière, un zeppelin » dit le comédien. Mais je vois juste un écran blanc puis un trou se forme dans cet écran et je vois en contrebas, comme si j’étais haut dans le ciel, une ville de bord de mer qui s’éloigne. La mer est bleu foncé et la ville peinte de couleurs chaudes. Du beige, du jaune d’or, du orange, du marron et un rouge brique. L’esthétique est celle des villes dessinées dans les livres sur les grandes découvertes. Elle est organisée en soleil avec des rues droites rayonnantes depuis la mer vers un lointain que je ne vois pas. Il y a une place en forme de losange beige avec un rond au centre. On dirait un œil, je trouve ça très beau et je me sens bien. La terre s’éloigne petit à petit, le comédien demande a ce que l’on rouvre les yeux.
Je me réveille, comme groggy, un peu ivre et fatiguée.
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07.11.11
Pour être honnête je pense être rentré dans le processus hypnotique très rapidement, alors-même que le comédien était encore en train de nous expliquer ce en quoi allait consister le spectacle.
Je me souviens très bien de la position que j’avais adoptée, au premier rang, en plein milieu, face à lui. Les pieds à plat, les bras détendus, se recouvrant l’un l’autre.
En ne fixant plus que son visage, j’arrivai très rapidement à oublier l’existence même de mon corps, ainsi que tout ce qui m’entourait. S’ensuit un sentiment de paupières lourdes, l’envie de fermer les yeux, mélange de fatigue physique et de gène rétinienne à les maintenir ouverts.
Je pense m’être endormi un court instant, avoir rêvé, sans pouvoir cependant m’en souvenir. Lorsque je revins à moi, le comédien/hypnotiseur nous expliquait que son corps, et son visage pouvaient être pour nous un support pour y calquer n’importe qui d’autre. Je me forçai à bien rouvrir les yeux, m’en voulant de m’être endormi et de risquer du coup de ne pas suivre l’expérience comme il le fallait.
Son visage devint bien pour moi un support pour d’autres personnages, historiques, inconnus, vieux ou jeunes.
Son corps se découpait nettement sur le fond éclairci, et j’eus même l’impression de le voir glisser vers la gauche, puis entrer en lévitation à certains moments.
Je ne bougeais toujours pas. Même position.
Il nous proposa alors de fermer les yeux, ce que je fis très facilement, et je me mis à écouter ce qu’il nous suggérait, la danse rapide, évoquée, les animaux, les paysages. J’étais gêné lorsqu’il précisait trop fortement, et trop précisément ce qu’il nous fallait imaginer. Alors que lorsque la description restait succincte, il m’était beaucoup plus facile de visualiser et de voyager.
Toujours immobile, ne pensant même plus à mon corps, extrêmement bien installé, les visions commencèrent à s’enchainer très rapidement, comme des associations d’idées que je ne contrôlais plus, de la forêt vierge, des étoiles, la mer, des mouvements de bras, une danse chamanique qui, elle, répondait à l’une de ses suggestions si mes souvenirs sont bon.
Tout était très dense, et je me souviens nettement de deux montées très puissantes, similaires à celles que l’on ressent avec de la drogue, appuyées par la lumière stroboscopique et les sons rapides interpretables comme ceux des pales d’un hélicoptère. Mes paupières se mirent à trembler très rapidement, sur mes yeux humides, le rythme s’accélérant, je sentis mon visage se crisper très très fortement, comme si je cherchait à serrer les yeux le plus fermement possible, me rendant compte que je devais avoir l’air ridicule si l’on pouvait me regarder.
J’étais bien ici et ailleurs.
Conscient de ma place assise dans le theatre, mais incapable de retenir ce processus physique très puissant. Comme avec la drogue mon esprit allait et venait, entre le sentiment d’être dans un état différent, et le plaisir de s’y laisser aller. Une sorte de va et vient.
Je me souviens du retour progressif à la conscience, l’image de cette montgolfière blanche sur la plage, son envol, la mer qui s’éloigne, les vagues, le ciel, les changement d’échelles, l’espace puis des galaxies.
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Je sors de la répétition du “Vrai spectacle” de Joris Lacoste, et…..je me sens bien.
Tout d’abord, j’ai bien dormi, de toutes petites siestes, mais nombreuses, profondes et bénéfiques.
Et l’idée du spectacle à massage m’a semblé très juste, plus que celle du spectacle-drogue, car on y trouve l’idée généreuse, et qui m’a semblé sincère, du soin de l’autre, et j’ai ressenti cette attention.
Toute la première partie (et d’ailleurs, à quel moment s’est fait la rupture, je ne sais plus), j’ai été sous le charme, par la voix du comédien, son humour, la simplicité et la poésie du texte
Je n’ai jamais quitté son regard.
Je voulais en même temps me laisser aller à fermer les yeux mais luttais pour ne rien rater du spectacle.
Puis mes yeux ont commencé à cligner, et j’ai commencé à voir le comédien léviter (jeux de lumières ou perception qui se trouble ?)
Tout ce qui avait été annoncé en préambule s’est mis en route, picotements dans les membres, corps lourd et j’ai sombré.
Je me suis laissé aller à penser à mes soucis du jour, aux gens avec qui j’aimerais être à cet instant, avec un peu de culpabilité par rapport à ce qu’on m’offrait, là devant moi, et puis tout se mêlait, des bribes de phrases, des paysages qui apparaissaient (a t il vraiment parlé d’un homme qui marche dans la steppe?).
Je me “réveillais” et me laissais bercer par d’autres mots alors que j’avais complètement perdu le fil de son discours.
Une fois seulement, le réveil fut douloureux, car j’ai eu l’impression d’être très lucide et du coup pas à ma place, je voyais le dispositif en pleine lumière, je trouvais la voix du comédien plus fausse et manipulatrice, mais malgré tout j’ai voulu m’y replonger en fixant la lumière et j’ai re-sombré, cette fois ci emporté par les vibrations( au moment des vols d’oiseaux ?)
La fin du spectacle est venue très vite, pas brutalement mais de façon trop impérative, j’étais bien dans mon sommeil, et rien ne justifiait que j’en sorte, peut être parce que depuis un long moment je n’étais plus du tout attentive, mais alors comment se fait il que j’ai pu me réveiller à ce moment ?
Je sors frustrée d’avoir trop dormi, en me disant que la prochaine fois je devrais tout écouter et tout voir.
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13.11.11
Tout commence comme si de rien n’était. D’ailleurs est-ce déjà commencé ? On nous dit que bientôt cela va commencer, les limites sont déjà troubles. Ils faut s’installer confortablement, on est clairement invité à dormir, des couvertures sont à notre disposition, les places à nos côtés sont libres pour que nous puissions nous étaler à notre guise.
Un acteur unique nous parle, il est habillé de manière banale avec une chemise à rayures.
Sa voix est légèrement reprise, son ton et son jeu peu nous laisser croire à un présentateur. Il est d’ailleurs en train de nous présenter l’hypnose et le spectacle, ou plutôt l’expérience que nous allons vivre ensemble.
Le plateau est nu, la scène et le sol sont confondus. Un grand cyclorama ferme les trois murs, formant un trapèze car la perspective est accélérée. Au lointain le cyclorama baille légèrement mais c’est très peu visible. Au fil du spectacle ce trapèze va se transformer en un arc de cercle.
Quasiment imperceptiblement la lumière baisse et passe de la salle à la scène, l’espace se déforme et l’acteur unique recule, il tressaille, il devient difficile de le voir nettement. Son visage se déforme, son corps qui paraît immobile devient de plus en plus difficile à percevoir fixement.
Dans un clair obscur, il est là, Flottant. On ne distingue plus l’espace dans lequel il se trouve, comme dans un rêve, les repères spatiaux sont brouillés. On distingue sa silhouette confuse et fluctuante. Il y a des va et vient entre la réalité et le sommeil, comme si on mettait un temps fou à s’endormir. Ca tangue, l’espace se déforme. Nos perception sont brouillées.
Après quelques injonctions je m’enfonce profondément dans une sorte de puits de velours ample et mat. Les yeux mi-clos depuis un moment.
Troubles, troubles, troubles, flou, flottement, endormissement, veille, sommeil, yeux mis clos, état second.
Je m’enfonce, je passe plusieurs seuils qui sont les différents étages d’un puits large et profond, confortable, soyeux, chaleureux il m’attire inexorablement vers son infini profondeur, c’est une sorte de lente chute libre paisible, les mouvement sont amortis, flottants, puis ce long mouvement vertical se redresse tranquillement avant de frôler le fond pour m’emmener dans un couloir dans le même style. Il faut passer une infinité de rideaux noirs épais, le geste en devient fatiguant. Finalement mon corps commence par passer au travers, tout en les soulevants à moitié. Sensation étrange d’entre deux les rideaux me glissent dessus tout en me passant au travers, mon corps avance en flottant, finalement il n’y a aucun effort à faire. Peu à peu je commence à rencontrer des âmes ce ne sont pas des personnes plutôt des silhouettes elles aussi à moitié immatérielles. On entends des voix elles ne sortent pas de leur bouches, mais viennent plutôt d’ailleurs. L’atmosphère n’est pas sinistre, au contraire, Il y a un côté festif et bruyant, des alcôves sont occupées par des âmes joyeuses. Et là, ça y est, je rencontre un ami un vrai, Hugo, je ne l’ai pas vu depuis une éternité, c’est bon de le voir on dirait que ce n’est qu’à moitié par hasard. Avec lui Je passe le dernier rideau et nous arrivons dans une salle immense, une cathédrale souterraine dans laquelle il y a des milliards de choses et de gens, il s’y déroule une immense fête de lumière sans musique, ou alors la musique est dans la tête de chacun. Tout le monde s’amuse ou tout du moins en donne l’impression et tous dansent avec la lumière. Cette lumière devient matière et je suis entièrement plongée dedans, elle ondule, sont intensité varie très lentement pour passer du très sombre à l’aveuglant. Flottement.
Je vois des serpents métalliques articulés. Ils sont immense et se déploient partout à plusieurs mètres au dessus de nos têtes. Ils ont un corps assez rudimentaires fait de divers tubes en métal assez grossiers reliés les uns aux autres par un câble central, mais leur tête est finement ciselée, détaillée. Ils sont en mouvement perpétuel de va et vient ondulant, leur taille est aléatoire et toujours changeante que ce soit du point de vue de leur longueur, leur largeur ou de leur forme en général. Tous leurs mouvements s’accompagnent d’un cliquetis agréable, à moins que ce ne soit un agréable cliquetis qui accompagne leurs mouvement partout dans la salle.
Au travers de ces serpents se faufilent des bancs de poissons volants furtif, ils sont bien plus petits mais se déplacent dans les mêmes espaces. Ils sont transparent et passent très rapidement au milieu des mouvement lent des serpents. Ils apparaissent et disparaissent quasiment dans la foulée et leurs passage projette des reflets argentés aux alentours. Les sons qui leur sont associés sont proche de celui d’une moulinette qui tournerait à toute vitesse.
Je suis dans des profondeurs abyssales, la lumière qui filtre jusqu’à moi est très faible et crépite, palpite. Par moment mon esprit remonte brièvement à la surface avant de replonger tout aussi rapidement. Je suis dans les nimbes, dans une sorte de rêve éveillé. Je vois toute une sorte de choses indescriptibles, des espaces qui se fondent les uns dans les autres, un voyage nuageux dans un grand palais déchu, au fond un grand balancement, tout se balance de plus en plus fort jusqu’à m’expulser. Lorsque je reprends conscience mon esprit est guidé par une voix, une silhouette anonyme qui me fait avancer dans mes pensées, toute une machinerie nous accompagne.
Au réveil, mon corps est dur, endolori, j’ai les articulations verrouillées et il me faut plusieurs minutes pour retrouver mon état normal.
En sortant j’avais l’impression d’avoir passé un peu plus d’une heure dans la salle, il s’en était effectivement écoulé deux.
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08.11.11 : première expérience
Je ne suis pas certaine de ce qui s’est passé pendant le spectacle… Impossible pour moi de savoir si j’ai réellement dormi ou si j’ai été hypnotisée. Je n’ai aucun souvenirs du discours de l’acteur. J’ai la sensation d’avoir manqué beaucoup de choses. J’ai rapidement fermé les yeux car les lumières sur scène étaient trop agressives. Je n’arrivais pas à regarder l’acteur et j’avais du mal à suivre ce qu’il racontait, j’entendais les chuchotements de l’équipe technique qui envoyait les infos pour les réglages lumières, juste dans mon dos.
J’ai préféré fermer les yeux pour pouvoir me concentrer, et je me suis laissée guider par la voix de l’acteur. Au début j’ai réussi à suivre un peu ce qu’il disait mais j’ai très vite décroché. Je pense que je m’endormais parce que je n’arrivais pas à voir les images qu’il nous imposait.
Je me suis réveillée au moment où la lumière a commencé à « clignoter ». J’ai essayé d’ouvrir les yeux mais je n’y arrivais absolument pas, c’était beaucoup trop violent. Donc j’ai vite replongée dans mon sommeil…
J’ai l’impression que la bande son m’a beaucoup plus transportée que la voix de l’acteur. Je sais que mon attention s’est très vite focalisée sur les sons et que j’ai cessé d’écouter l’acteur. Mais je pense aussi qu’elle m’a bercée et a favorisé ma chute !
Le seul souvenir d’images que j’ai pu avoir, c’est une prairie très ensoleillée avec des chevaux. Enfin j’ai la sensation qu’il y avait des chevaux. J’étais dans cette prairie, mais je ne faisais pas ma taille actuelle, je faisais la taille d’un brin d’herbe. J’ai le souvenir d’avoir vu s’approcher de moi une forme sombre, que j’ai associée aux naseaux d’un cheval. Cette forme m’a comme soufflé dessus. Comme lorsqu’un cheval
« éternue », ou souffle très fort. L’image a été très brève. Cette image était légèrement déformée, comme si je regardais à travers une lentille ou que l’image était collée sur une sphère. Une sensation d’étirement, un peu comme un fisheye.
Je pense que la bande son m’a inspiré cette image, car je n’ai aucun souvenirs que l’acteur nous ai guidé dans un tel espace.
J’ai très peu de souvenirs du texte que l’acteur a récité. Je n’en ai que des bribes en tête, et essentiellement des mots : « brouillon », « vol d’étourneaux »,
« reflet/miroir »,…
D’ailleurs le mot « brouillon » m’a beaucoup perturbé car je l’ai entendu à un de mes réveils. Et j’étais à ce moment là totalement perdue, c’était dans ma tête un gros brouillon et une incompréhension totale!
Le réveil a été très difficile… un peu trop violent… Un réveil de sommeil profond, beaucoup trop brutal à mon gout. Mon corps a totalement refusé ce réveil. Je pense que j’avais commencé ma nuit…
13.11.11 : deuxième expérience
C’est avec beaucoup d’appréhension que je me suis rendue au spectacle… j’avais peur de m’endormir encore une fois, et d’en ressortir, encore, avec la sensation de n’avoir rien vu, ni vécu…
Dans la salle, je me suis placée plus en hauteur dans les gradins. Un peu au dessus du milieu. Avant même que le spectacle commence j’étais installée «comme il faut», je me disais. J’ai totalement changé ma posture par rapport à la fois dernière. Ma couverture roulée derrière ma nuque, légèrement avachie, les jambes un peu écartées, et maintenues par le siège en face de moi, je me sentais mieux installée. J’ai posé mes bras sur les accoudoirs autours pour maintenir mon menton. Je me sentais prête pour vivre l’expérience, avec une ferme résolution en tête « Ne pas dormir, ne pas dormir, ne pas dormir !!! ».
Quand l’acteur est entré sur scène, déjà, je l’ai senti plus à l’aise et plus sympathique que la fois précédente. J’étais plus attentive à ses paroles, et je fixais attentivement son visage. Je me rappelle que la fois d’avant je me concentrais trop sur la lumière qui changeait sur scène. Peut être parce que j’entendais les réglages…
Très vite j’ai eu la sensation d’avoir les yeux comme brouillés. Je ne distinguais plus les arêtes horizontales du cyclo. J’ai commencé à être fascinée par les modifications sur le visage de l’acteur, par les jeux de lumières. Puis tout s’est accéléré, j’ai vu s’enchainer des dizaines et des dizaines de visages, sur son propre visage. J’y ai vu d’abord le visage de mon grand frère, puis des visages d’hommes asiatiques, puis des caricatures (du genre caricatures de N. Sarkozy, oreilles pointus, nez fin et long, visages cernés). Je ne voyais que des hommes, et à chaque fois le visage de mon frère reprenait le dessus et réapparaissait. A un seul moment j’ai vu le visage d’une femme. Il est apparu au milieu de nulle part. Une femme blonde d’une trentaine d’année, un chignon serré, un visage plutôt rond. En y repensant cette femme me fait un peu penser à ma grande sœur. Ça lui correspond plutôt, sauf la coiffure…
A partir de l’enchainement des visages, j’ai senti mon corps se raidir. Mes mains étaient comme tétanisées, je n’arrivais plus à les commander, impossible pour moi de bouger. C’est aussi à ce moment là que j’ai commencé à voir des choses étranges. J’ai été sujette à de la persistance rétinienne. Par exemple je voyais l’acteur bouger, ou du moins se décaler un peu de sa place initiale, des mouvements très faibles. Chaque mouvement était suivi d’une ombre blanche. Mais l’ombre restait fixe, elle accompagnait le mouvement, mais le laissait comme en suspension dans l’espace. Cela me le faisait aussi avec les gens du public, que j’avais dans ma vision périphérique. J’avais la sensation que tout l’espace autour de moi vibrait de gauche à droite. Mais pas une vibration constante, plus comme ces cartes qu’ont les enfants. Des cartes à bouger de gauches à droite, et où l’image représentée s’anime. Puis j’ai ressenti la même chose avec le décor, mais le mouvement était du haut vers le bas. Cependant c’était un peu différent. Je passais d’une vision uniforme et floue de la scène, le gris du cyclo et le sol ne faisait qu’une unité, puis d’un coup une arête venait souligner une partie de l’arc dessiné par le cyclo, au sol. L’image variait en trois temps. Arête noire à droite en bas du cyclo, flou de l’espace scénique, arête blanche/grise en bas à gauche. Dans les moments de flou l’acteur était en lévitation dans l’espace. Dès que la scène se re-matérialisait il revenait dans l’espace. Ce mouvement était bien entendu suivi des trainées blanches et faisaient vibrer l’acteur.
Puis j’ai eu la sensation que l’acteur s’allongeait vers le haut puis reprenait sa taille initiale. Un autre mouvement perpendiculaire. A partir de ce moment j’ai commencé à voir des silhouettes flotter autours de l’acteur. Des silhouettes noires et plutôt féminines. Elles n’étaient pas effrayantes. Elles apparaissaient et disparaissaient dans le même type de mouvement/vibrations que tous les effets précédents. C’était comme des images subliminales. Des images qui sursautaient.
Quand l’acteur nous a demandé de fermer les yeux, j’ai eu l’impression de ressortir de mon « état ». Cependant je me sentais bien. J’ai eu beaucoup de mal à voir
les images qu’il nous suggérait. A un moment parmi tout ce qu’il nous disait, je me suis mise à descendre un escalier en bois. Comme si je sortais d’un grenier. Il y avait une lumière très jaune et tout était en bois, l’espace que je quittais, et celui dans lequel je rentrais. Mais cet escalier s’arrêtait à une distance très haute du plancher. Quelque chose comme 3 ou 4m du plancher. De là haut je voyais une femme qui tournait sur elle- même, à la manière d’une danseuse de boite à musique, mais les bras le long du corps. Puis je me suis vite mise à me focaliser sur son visage. Son corps ne dansait pas, mais son visage oui. J’interprétais tous les micros mouvements de celui-ci comme une danse. Au moment de cette focalisation j’ai eu l’impression de zoomer sur son visage.
Je la trouvais rayonnante, très belle, elle était séduisante. Son visage dansait. En sortant du spectacle cette image m’a tout de suite fait penser au texte de Maupassant, « Le Signe ». Ce texte où une femme observe de son balcon une autre femme qui séduit les hommes qui passent en bas, rien qu’en les regardant, et en leur envoyant des signes par son visage pour qu’ils montent la rejoindre.
Très vite cette danse s’est transformée en « repas », je voyais des bouches mâcher. Le fait de manger est devenu une danse. Je ressentais dans ce que je voyais que tout en l’homme était « danse », même ses mouvements les plus vitaux, où les plus imperceptibles. Puis très vite tout cela a disparu.
Je n’ai pas d’autres souvenirs imagés. Sauf une autre sensation. J’ai l’impression d’avoir vu des amis, mais c’est allé très vite, et je ne me souviens pas de ce qui se passait. J’ai un gros trou noir sur tout le reste du spectacle, et encore une fois il y a beaucoup de chose que je n’ai pas entendue. Sans doute j’ai finis par m’endormir.
Je me suis réveillée quelques secondes avant que l’acteur propose de se réveiller. Je me suis tout de suite senti reposée et sereine. C’était très agréable. Très surprenant par rapport à l’expérience du 8 Novembre, où j’avais eu beaucoup de mal à me réveiller. Je ne sais pas si c’est dû à l’heure de la représentation. Cette fois à la fin du spectacle je n’étais pas épuisée mais j’étais affamée !
En conclusion, en tous points, j’ai beaucoup mieux vécu cette deuxième expérience.
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J’ai apprécié votre introduction qui permettait d’emblée d’écarter les clichés que nous pouvions avoir en tête.
J’ai fermé les yeux en permanence et j’ai senti que l’accompagnement des sons favorisait l’entrée dans cet « état second »J’étais partagée par l’envie d’écouter votre texte –que j’appréciais- et l’envie de lâcher prise. Finalement, je n’ai plus résisté et suis sortie de cet état quand il était question « d’arcs électriques » puis l’évocation de la danseuse m’a emportée jusqu’à la fin.
Bravo pour ce spectacle si original
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Je suis venue le 11 novembre au soir. J’étais au 1er rang, en plein milieu de la rangée.
J’ai vécu quelque chose d’étrange ce soir-là. J’étais bien, très bien, lovée dans le débit de Rodolphe Congé comme dans un rythme ancien et très, très familier. J’étais prête pour l’expérience, je ne viens chercher que ça au théâtre, ça tombait bien. Pendant qu’il parlait j’ai commencé à sentir cet engourdissement, cette sensation de lourdeur décrite. C’était bon au début, de ne pas savoir où le corps s’en va, je ne demandais qu’à m’installer un peu plus dans ce suspens. Et puis ça s’est fait plus violent, j’ai commencé à sentir ma tête tomber très lentement sur ma poitrine comme si quelqu’un me poussait la nuque de force en avant. Je n’avais plus vraiment prise sur ce qui m’arrivait, mais je me laissais faire, c’est le jeu. Et puis l’engourdissement dans mes jambes s’est transformé, s’est mis à muter vers un genre de crampe gigantesque, comme si tout mon corps était pris par une tension monstrueuse, douloureuse, quelque chose que je subissais, que je ne comprenais pas. Et là, ça a activé quelque chose dans mon cerveau, un signal de danger, comme si ma vie était en jeu, quelque chose que je n’avais connu qu’une fois dans ma vie avant: lors de mon accouchement, sans analgésie. En y repensant, je m’aperçois que, lorsque j’ai accouché, ça s’est passé un peu de la même manière: au début, s’installer avec plaisir dans un lâcher-prise, curieuse de voir vers où ça va me mener, et puis ce moment où ça devient trop intense, où la sensation inconnue déclenche ce signal de panique instinctif qui donne envie d’aller se cacher dans un terrier en attendant que le danger soit passé. Lorsque j’ai accouché, je n’avais pas vraiment d’échappatoire, il fallait aller au bout, alors je l’ai fait. Mais vendredi soir, bien sûr, je me suis carapatée. Enfin, j’ai ouvert les yeux, quoi.
Plus tard j’ai replongé doucement, mais de manière plus habituelle, comme ça m’est déjà arrivé au théâtre d’ailleurs: en allant et venant entre des sensations immédiates et d’autres plus lointaines. J’ai vagabondé avec une danseuse indienne dans une rue de Las Vegas, je me suis promenée en Zeppelin dans le paysage d’un très vieux rêve. J’en suis sortie ensommeillée, épuisée, et très très intriguée.
Je voulais livrer ce vécu “à chaud”, avant de mettre du temps et de la pensée par-dessus…
Merci pour cette démarche passionnante.
PS: The fun part: j’ai accouché le 10/10/10. Du coup, j’attends le 12/12/12 avec impatience.
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12.11.11
J’ai eu le plaisir de participer à l’expérience hier soir, bravo pour l’orchestration et la mise en scène hypnotique du voyage, c’est très subtilement mené, l’acteur est un vrai maître de mantra, c’est une performance impressionnante.
Voici mon témoignage.
Les images ne sont pas claires, ou plutôt relèvent d’une clarté sur ou sous-réalistes. Une harmonie de tons entre l’aube et le coucher, des fondus, une granulosité d’isos argentiques.
Il y avait des étendues, entre terres et eaux, le point de vue était plutôt en survol, mais sans mobilité, par séquences.
Mes espaces sont caractéristiques et presque trop évidents symboliquement: structures d’églises sans murs ni toitures, aussi bien pour les extérieurs que pour les paysages intérieurs ou sous-terrains. Cathédrales aériennes ou caves aux absidioles innombrables.
Au fond, un trou d’où jaillissent successivement et en cycle des têtes mutables de créatures d’une monstrueuse beauté. Au sommet, ou en ascension, une efflorescence en croissance fractale de stupas-clochers.
Le personnage qui guide la descente dans l’escalier est un vieillard sans visage, rotatif comme le “bent of mind” de Tony Cragg.
Merci.
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11.11.11
Envie de raconter sans trop reflechir des bribes de mon vrai spectacle. Partie dés le début dans un état hypnotique. Conditionnée déja par l’idée que j’allais être en hypnose pendant le spectacle, et connaissant cet état, sachant d’ailleurs m’y plonger seule, je résistais même un peu au début pour écouter. Et puis très vite, accepter de ne pas faire trop attention au déroulement du spectacle. Sûrement dans le désordre mais quelques scènes de mon spectacle…La chute, dans un tunnel qui me rappelle celui d’Alice au pays des merveilles. Puis trouvant l’image un peu cliché, je me retrouve sur un toboggan, puis sur une espèce de luge dans un tube enneigé. Sur un radeau, sur un petit cours d’eau, au milieu de roseaux, je regarde sauter des grenouilles, et de loin quelques crocodiles, pas vraiment inquiétants. En arrière plan des herbes plus hautes ou peut être une forêt. Et sur mon radeau, je commence un numero de main à main avec un circassien. Puis autour de nous, d’autres couples executent également des numeros d’acrobatie. Certains sont d’ailleurs dans un autre tableau, où l’hélicopter (que j’entend) prend enfin son sens en offrant une echelle en corde sur laquelle peuvent évoluer deux acrobates. e vois danser différentes femmes, une ballerine, Pina, une danseuse de tango, avant de m’arreter sur une femme absorbée dans une danse tribale. C’est dans son corps que je me fonds pour me mettre moi même en mouvement. Ce corps,noir, peint, le mien ? le sien? qui m’attire dans son mouvement. Peu à peu c’est moi qui bouge et peut prendre les commandes, tout en me laissant emporter par le rythme. D’autres danseurs et danseuses m’entourent. Parfois dans un village africain, parfois sur une scène. Je peux être spectatrice ou danseuse, à tour de role, je saute de l’un à l’autre. C’est incroyable de pouvoir bouger de cette manière. Quelques souvenirs (réels) desagréables me reviennent. Je fais en sorte de rendre les images un peu plus positives avant de les laisser s’échapper et d’aller vers un autre tableau. Ensuite, j’ai l’impression d’être beaucoup plus dirigée, mais je me laisse guidée. Je me balade dans ces couloirs, j’ouvre certaines de ces portes. Je me retrouve assise à un bureau à attendre que cet homme commence mon entretien (d’embauche ?). Un ancien ami (connu seulement quelques mois il y a une dizaine d’années (pourquoi lui ?) me guide. Je vois la mongolfière, blanche (je me dis d’ailleurs qu’une autre couleur pourrait être plus belle mais décide malgré tout de rester dans la suggestion du blanc). Je m’approche doucement, attend la suggestion d’y monter, sachant qu’elle ne va pas tarder. Je sens la mer qui vient froler mes pieds. Quand je suis dans la mongolfière et qu’elle s’élève, je peux être dedans ou plutot être en bas et la regarder s’élever. Voilà quelques scènes de mon spectacle ce soir. Très nombreuses autres images fugitives, directement guidées par les propositions (la montagne, la foret, le voyageur) à chaque fois c’est moi qui suis actrice de la scène. Certains passages sont beaucoup plus nets que d’autres dans ma mémoire.Un étonnant mélange de souvenirs et de rêves eveillés, dirigés. Merci pour ce beau voyage.
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Partiellement mais suffisamment de l’autre côté du miroir pour être des hypnotisés hier soir. Je voudrais avoir l’intelligence des mots pour dire l’intérêt de ce moment vécu. Bref il y a évidemment plusieurs niveaux de lecture. L’un des premiers ressentis après une fatigue certaine de la journée, c’est ce lâcher prise que je connais dans les relaxations par exemple. Et pour ma part c’était bienvenu, comme une conjugaison théatrale/théapeutique, pourquoi pas ? Le travail de la voix du récitant, il aurait été difficile d’y résister. Ensuite il y a cette suite de mots “hypnotiques”, j’étais proche du rêve éveillé.
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J’adore j’adore j’adore !
J’y suis allée 2 fois et j’irais bien 1 fois par jour
En plus de tout le bien que ça me fait, je trouve le travail d’acteur exceptionnel, après ça on doit pouvoir tout jouer. Le texte est excellent même si les seuls mots dont je me rappelle (les 2 fois) c’est le ballon dirigeable et le zeppelin. Mais à chaque fois que j’atterrissais, je rebondissais aussitôt.
Une question, comment font ceux qui w sur le spectacle, éclairagiste, ingénieur son pour rester éveillés ? Ce doit être dur.
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Bravo pour la performance, le texte et l’acteur. Personnellement, j’ai vécu une expérience de calme et de repos intérieur… J’ai été bercée par la voix si agréable de l’acteur, qui ne me ramenait que par moment au texte.mais moments importants qui me permettaient de repartir vagabonder dans des pensées, images personnelles lointaines et floues… Je suis venue par curiosité, je suis sortie flottant dans une certaine légèreté.
Merci et continuez…

